ART | EXPO

Jorge Satorre

12 Déc - 01 Fév 2014
Vernissage le 12 Déc 2013

Après s’être formé comme illustrateur, Jorge Satorre a développé une œuvre centrée sur la réalisation d'exercices ayant pour bases les notions de processus et d’expériences. S’exprimant par des médiums aussi divers que le dessin, la vidéo ou la performance, Jorge Satorre crée une œuvre qui place le processus et l’action au premier plan.

Jorge Satorre
Jorge Satorre

Après s’être formé comme illustrateur, Jorge Satorre a développé une œuvre centrée sur la réalisation d’exercices ayant pour bases les notions de processus et d’expériences. S’exprimant par des médiums aussi divers que le dessin, la vidéo ou la performance, Jorge Satorre crée une œuvre qui place le processus et l’action au premier plan.

Partant de situations réelles, l’artiste produit des conjonctures nouvelles voire imaginaires en investissant les lieux par le prisme de champs d’investigations aussi divers que la sociologie, l’histoire ou la géologie. Ainsi, les méthodes d’analyses scientifiques côtoient le monde littéraire, les faits réels se confondent avec les illustrations et rendent la relation entre l’image et le texte ambiguë. Chez Jorge Satorre, la méthode scientifique est chargée de symbolique. En manipulant le réel, il instaure ainsi le doute et la rumeur.

Invité à exposer à Artspace et Enjoy Public Art Gallery en Nouvelle Zélande, Jorge Satorre confronte l’émique et l’étique, deux termes utilisés par les anthropologues. L’approche émique étudie la façon dont les populations locales pensent, alors que l’approche étique met l’accent sur le point de vue de l’observateur extérieur. Dans la lignée de ses précédents travaux, Jorge Satorre part de cas particuliers, insignifiants ou anormaux pour tenter, à l’instar de la Micro histoire élaborée par Carlo Ginzburg, de comprendre des lieux et des réalités concrètes.

L’artiste s’est notamment concentré sur deux phénomènes locaux: l’extinction de certaines races d’oiseaux indigènes d’une part, et la légende de l’aigle de Haast d’autre part. Le premier projet consiste en la modélisation en métal de 51 oiseaux disparus. Résolument inspirés des petits soldats de plomb inventés en Allemagne en 1800, Jorge Satorre provoque un parallélisme entre le contexte colonialiste — qui a notamment entraîné de nombreux ravages écologiques — et l’aspect ludique.

Le travail autour de l’aigle de Haast repose sur une légende maorie, qui raconte qu’un aigle géant appelé Hokioi était capable de capturer des hommes. Quelques restes de l’animal, à savoir le fémur, deux côtes et le talon, ont été retrouvés dans le sud de l’île en 1871 et sont aujourd’hui conservés au musée de Canterbury. L’aigle australien serait l’ancêtre de l’aigle de Haast qui est 10 à 15 fois plus petit. Jorge Satorre a décidé de multiplier les reproductions de ces trois os en utilisant l’argile, matériau qui a la propriété de se rétracter de 15% à la cuisson. Dans cet ensemble, chacune des reproductions est réalisée à partir de la précédente qui lui sert de moule, induisant ainsi une réduction progressive de l’échelle jusqu’à parvenir à la taille actuelle des os de ces aigles australiens.

Parallèlement à ces recherches, Jorge Satorre s’est intéressé à la caricature politique. Appréhendé comme un capteur de la réalité sociale, Jorge Satorre y voit une façon de rendre publique une opinion personnelle basée sur un fait d’intérêt général. Ici, Jorge Satorre a invité deux caricaturistes politiques, le néo-zélandais Guy Body et le mexicain El Fisgon, à proposer une image ayant toutes les caractéristiques esthétiques d’une caricature mais dont le point de vue soit radicalement opposé. Ainsi, leur a-t-il demandé d’oublier le lecteur et de caricaturer un fait de leurs vies qu’ils soient les seuls à comprendre. A nouveau, Jorge Satorre détourne le procédé sans pour autant chercher à révéler une quelconque intimité. Lui-même s’est prêté à l’exercice et a réalisé une trentaine de petits dessins.

Quel qu’en soit le point d’entrée, Jorge Satorre revisite les références historiques et les transfère sur le terrain de l’expérience personnelle pour s’attacher aux mécanismes du récit, à ses interprétations possibles et souligner notre rapport à la mémoire, pour que l’enquête à la base de son travail se transforme en quête.

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