ART | EXPO

Jiri Kovanda

08 Nov - 12 Jan 2013
Vernissage le 08 Nov 2012

La préoccupation principale de Jiri Kovanda est de produire des œuvres qui soient compréhensibles par tous. Tel est son objectif: l'accessibilité et la lisibilité du travail. Car ce qui influence l'être humain et sa construction, c'est davantage les choses profondes et intimes que véhicule une œuvre, plutôt que son contexte politique et social.

Jiri Kovanda
Jiri Kovanda

«Aujourd’hui l’intérêt se porte beaucoup sur l’aspect politique contenu dans mes œuvres des années 70. A l’époque cet aspect existait mais il n’était pas au premier plan, c’était plus une dimension personnelle et psychologique qui était importante, aujourd’hui le politique a pris le dessus et donc les priorités se sont inversées. Ma préoccupation principale quand je faisais ces œuvres était qu’elles soient compréhensibles par tous. C’était cela mon objectif: l’accessibilité et la lisibilité du travail. Je crois que ce qui influence l’être humain et sa construction, c’est plus des choses profondes et intimes que le contexte politique et social.»
Jiří Kovanda

Extrait de l’entretien réalisé par Guillaume Désanges en 2007.

GD: Jiří, considères-tu l’humour comme un matériau ?

JK: Oui, c’est très important. L’humour, l’ironie sont des choses essentielles. Le fait même que j’utilise des moyens d’expression qui ne sont pas reconnus officiellement comme artistiques contribue à donner cette dimension.

GD: Je pense que ton travail opère plus précisément sous la forme de l’anomalie, c’est-à-dire des changements légers dans le cours ordinaire des choses mais qui ne sont pas pour autant extraordinaires, ou provocateurs. Des décalages qui sont presque invisibles, mais dont néanmoins il n’y a aucun doute sur le fait qu’ils sont volontaires et absolument pas fortuits.

JK: Oui, c’est exactement cela. Et plus cette anomalie approche l’invisible, le non perceptible, mieux c’est. Il ne s’agit pas de modifications trop fortes ou agressives.

GD: Une des choses les plus importantes pour moi, et pour laquelle j’aime ton travail est son économie particulière. C’est-à-dire, comment avoir le maximum d’effets sensibles ou conceptuels avec le minimum de moyens. Tu réalises toutes tes performances et tous tes travaux sans outils, sans accessoires, tout se fait par des gestes très simples, plus ou moins instinctifs. Ne pas créer d’objets nouveaux, utiliser ce qui est déjà là, recyclant les choses ou les gestes: pourrait-on parler même d’une «écologie» de travail plus qu’une économie de travail?

JK: Oui, absolument, et c’est pour moi une des choses les plus importantes. L’utilisation des choses les plus ordinaires, les plus accessibles. C’est cela qui m’a vraiment le plus excité dans ma découverte de l’art conceptuel: qu’il n’y ait pas besoin de matériel, ni de compétences spécifiques pour créer quelque chose. Ma condition de départ dès le début était que je n’utiliserai rien sinon ma personne. La question du recyclage fait le lien entre toutes les choses que j’ai pu faire: toujours utiliser des choses qui ont déjà une existence mais en les transformant. C’était déjà vrai pour mes tous premiers travaux, des peintures où j’utilisais des choses déjà dessinées ou prises dans des magazines artistiques ou des livres de science, par exemple. C’était déjà la réutilisation d’une citation ou d’une façon de faire de quelqu’un d’autre.

GD: Ton travail pose souvent des limites entre l’art et la vie en termes de visibilité, économie, audience, etc. Qu’est ce qui donc le fonde pour toi en tant qu’art, qu’est-ce qui fait que c’est de l’art et pas une attitude?

JK: Quand je faisais ces actions dans les années 1970, même si elles étaient sans beaucoup de public, même si elles étaient presque invisibles, il n’y avait aucun doute pour moi que c’était de l’art, que je voulais faire de l’art. C’est cette conviction personnelle, très profonde et très affirmative qui fait que c’est de l’art. Cela suffit je crois.