ART | CRITIQUE

Jesus Had A Sister Productions

06 Fév - 04 Mar 2017
PLouise Grout de Beaufort
@20 Fév 2017

La Sorbonne ArtGallery célèbre les 20 ans de l’entreprise-artiste Jesus Had A Sister Productions, créée en 1997 par l’artiste canadienne Dana Wyse. L’exposition interroge la relation particulière de l’artiste et du public aux œuvres d’art à l’époque de leur reproductibilité technique.

Dans le cadre du 20e anniversaire de son entreprise-artiste Jesus Had A Sister Productions, l’artiste canadienne Dana Wyse inaugure la jeune Sorbonne ArtGallery. Telles des affiches publicitaires, dix-huit photographies grand format de ses pilules miraculeuses bordent la galerie. Dans le droit fil de cette présentation, sous verre, une sélection supplémentaire de pilules dans leurs emballages originaux semble attendre preneur.

L’entreprise-artiste, une réponse à la crise de la valeur des œuvres d’art ?

Dana Wyse a développé un mode de production et de diffusion de ses œuvres propre à son entreprise-artiste. Discrète, c’est derrière le nom-écran de Jesus Had A Sister Productions, qu’elle lance ses opérations. Cette entreprise « thérapeutique » produit des Pills and Remedies par millier et les détourne même en produits dérivés (sprays, chewing-gums, badges…). Vendues à un prix abordable, ces œuvres-produits peuvent être achetées aussi bien dans les boutiques des plus grands musées internationaux, que dans certains supermarchés ou sur Internet. En intégrant ses œuvres à des réseaux commerciaux non destinés à l’art, Dana Wyse brouille les conceptions traditionnelles qui instituent et sacralisent l’artiste et qui confèrent une valeur particulière à ses œuvres.

Une critique sociale subversive et grand public.

Les Pills and Remedies de Dana Wyse mettent à jour les tabous et les désirs tacites inscrits au cœur de nos relations sociales. Chaque pilule promet d’exaucer un vœu qui nous ferait accéder à une certaine conception du bien-être. La solution semble simple et rapide, face au problème parfois anodin, parfois grave, qu’elle promet de résoudre : « Always Remember Where You Left Your Keys » ou « Accept That You Are Absolutely Alone », « Make Your Cat Sing Like Celine Dion » ou « Know Exactly When and How You’re Going to Die ». Cette légèreté ironique émane également de l’imagerie des années soixante qui accompagne le packaging : des images qui attribuent à chaque genre leur rôle prédéfini, baignant dans un bonheur superficiel. L’efficacité de la thérapie se situe ainsi, non pas dans l’ingestion directe de la pilule, mais dans la capacité à nous révéler, avec subtilité, une autre réalité des rapports sociaux.