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Jesus and Dinosaurs

PMagali Lesauvage
@12 Jan 2008

Pour sa première exposition personnelle en France, l’artiste américain Edgar Arceneaux propose à la galerie Praz-Delavallade un parcours énigmatique et ironique sur le thème controversé de la Création et des origines de l’univers.

Edgar Arceneaux s’intéresse aux relations entre les processus artistiques et la psychologie, la philosophie ou l’histoire. Pour cette première exposition chez Praz-Delavallade, il montre des œuvres illustrant l’opposition entre deux conceptions fondamentalement différentes de la création de l’univers, qui font aujourd’hui aux États-Unis l’objet d’un débat ouvert et rudement argumenté par les tenants des deux théories opposées: le «créationnisme», qui pose l’existence de Dieu et son rôle dans la création de toute chose comme un postulat de base ; vs l’«évolutionnisme», inspiré de la célèbre théorie de Darwin sur l’évolution et la sélection naturelle des espèces, et sur la théorie du Big Bang. Aussi l’artiste oppose-t-il avec humour «Jesus and Dinosaurs».

Établissant un lien entre création artistique et «Création» universelle, Edgar Arceneaux, lui-même dessinateur, joue sur la corrélation entre le «dessin» de l’artiste et le «dessein» d’un Être supérieur, au sens du disegno, modèle ou projet de l’artiste de la Renaissance italienne. Edgar Arceneaux affirme donc ici, à la manière des créationnistes pour Dieu, le postulat de la supériorité de l’artiste et de l’autorité de sa volonté.

Alliant le dessin et la peinture à son installation, l’artiste propose dans une série d’œuvres sur papier une sorte d’illustration du néant originel, qu’il a imaginé comme un espace moucheté de noir (Nothing Before Something. Black), ou de rouge (Nothing Before Something. Red).
Sur deux pupitres, utilisés par Edgar Arceneaux comme des supports concrets de la réflexion, un fossile daté de plusieurs millions d’années et un livre calciné sont posés là comme des pièces à conviction, destinées littéralement à convaincre les tenants des théories opposées, celle de l’évolution à partir d’êtres embryonnaires, et celle du «Livre» (Divine Mutation of Living Beings).
Partant de ce néant indistinct pour évoluer vers la matière, Edgar Arceneaux a réalisé des dessins figurant des êtres difformes (Eat, Drink, Transform), passant par des phases aquatiques (Transubstantiation, Transmutation, Mutation) avant d’atteindre «l’avènement de l’Homme» (The Dawn of Man).

En s’appuyant sur les thèses absurdes des créationnistes américains, il a disposé un ensemble de pupitres en bois léger sur lesquels apparaissent des questions-réponses du type : «Les dinosaures étaient-ils sur l’Arche de Noé ? Oui, et ils ont survécu au Déluge au même titre que les autres animaux», ou «Les dinosaures et les hommes ont-ils cohabité ? Oui». Cette mise en scène agit comme une sorte de discours choral, dont la validité ne serait établie que par la présence du pupitre, signe matériel de vérité professorale, mais dont la légèreté même démontre le manque de sérieux.

Edgar Arceneaux
Nothing Before Something, 2007. Graphite, charbon de bois et spray sur papier. 203 x 316,5 cm.
Divine Mutation of Living Beings, 2007. Graphite, charbon de bois et spray sur papier. Fossile de 400 millions. 196 x 153,5 cm.
— Vue d’exposition, «Jesus and Dinosaurs », 2007.
Nothing before something, 2007. Acrylique sur papier. 201×195 cm.
The Art of Creation I, 2007. Graphite sur papier, 152 x 186 cm.
Transsubstantiation, Transmutation, Mutation, 2007. Graphite sur papier, 152 x 264 cm.

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