ART | CRITIQUE

Jens Wolf

PSarah Ihler-Meyer
@16 Juil 2010

Dans l’esprit de l’abstraction géométrique des années 1960, Jens Wolf réalise des peintures dans lesquelles se jouent une tension entre la forme littérale et la forme picturale. Il peint des cercles et des traits rectilignes parfois menacés par les accidents du contreplaqué qui constitue leur support.

Dans les années 1960, au moment où des artistes tels que Donald Judd et Richard Long rabattent les conditions d’existence de leurs œuvres sur celles des objets ordinaires, des peintres comme Frank Stella et Kenneth Noland rejouent continuellement la tension entre la forme du support et la forme picturale de leurs toiles.

Les premiers, dénommés «littéralistes» par Michael Fried, considèrent que leurs productions doivent être appréciées en fonction de l’environnement dans lequel elles sont situées. Telles de simples choses, leurs œuvres n’existent pas de manière autonome: elles se constituent en fonction de la lumière, de l’heure et de la position du spectateur qui les observent.

A l’opposé de cette démarche, Kenneth Noland ou encore Frank Stella peignent des toiles dont le caractère objectal est subsumé dans un tout pictural. Bien que les formes qu’ils peignent fassent écho au cadre et à la surface plane du tableau, c’est-à-dire à leur support matériel, elles semblent moins dépendre de ce dernier que lui procéder d’elles.

En somme, les formes de leurs peintures sont éprouvées comme picturales, des organisations de sensations colorées, avant d’être perçues comme littérales, des objets paramétrables. En évinçant leur «objectité» (Michael Fried), ces œuvres maintiennent leur autonomie vis-à-vis du spectateur: leur entièreté ne dépend pas de lui pour se constituer, elle lui est préalable.

C’est dans cette seconde «tendance» que s’inscrit le travail de Jens Wolf. Chacun de ses tableaux présente des figures géométriques aux couleurs tranchées qui nient leur support matériel en même temps que ce dernier les menace. Si ses cercles et ses traits rectilignes ne correspondent pas aux bordures des planches de contreplaqué sur lesquelles ils sont peints, ces dernières, légèrement ébréchées, ne les mettent pas moins en péril.

Mais, ces petits accidents de la forme littérale peuvent déborder les formes picturales aussi bien que les enrichir. Les morceaux et les fibres du bois arrachés et laissées à l’état brut s’intègrent aux lignes bleues ou aux cercles jaunes. Dans cette perspective, les tableaux de Jens Wolf se fondent moins sur une tension entre forme dépeinte et forme littérale qu’ils ne les assimilent l’une à l’autre: le support matériel est assimilé aux éléments peints.

A l’image des toiles de Frank Stella ou de Kenneth Noland, les tableaux de Jens Wolf exacerbent la tension entre forme littérale et forme picturale en même temps qu’ils l’annulent.

Lire
Michael Fried, Contre la théâtralité, Gallimard, Paris, 2007.

— Jens Wolf, Sans titre, 2010. Walldrawing. Aluminium, tissu dimensions variables. 800 x 350 cm.
— Jens Wolf, Sans titre, 2010. Peinture acrylique sur contreplaqué. 188 x 140 cm.
— Jens Wolf, Sans titre, 2009. Peinture acrylique sur contreplaqué. 36 x 48 cm.
— Jens Wolf, Sans titre, 2009. Peinture acrylique sur contreplaqué. 80 x 60cm.
— Jens Wolf, Sans titre, 2009. Peinture acrylique sur contreplaqué. 80 x 60 cm.
— Jens Wolf, Sans titre, 2010. Peinture acrylique sur contreplaqué. 135 x 200 cm.
— Jens Wolf, Sans titre, 2008. Peinture acrylique sur contreplaqué. 195 x 140 cm.
— Jens Wolf, Sans titre, 2009. Peinture acrylique sur contreplaqué. 115 x 86 cm.
— Jens Wolf, Sans titre, 2009. Peinture acrylique sur contreplaqué. 86 x 115 cm.
— Jens Wolf, Sans titre, 2009. Peinture acrylique sur contreplaqué. 60 x 80 cm.
— Jens Wolf, Sans titre, 2009. Peinture acrylique sur contreplaqué. 36 x 48 cm.
— Jens Wolf, Sans titre, 2005. Peinture acrylique sur contreplaqué. 50 x 36 cm

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