ART | CRITIQUE

J’en rêve

PPierre-Évariste Douaire
@12 Jan 2008

J’en rêve est une exposition collective regroupant exclusivement des artistes de moins de trente ans. Chacun d’eux a été choisi par un artiste confirmé. Il y a autant de parrains prestigieux que d’artistes représentés. Carte blanche à la nouvelle génération sortant tout droit des écoles d’art.

J’en rêvais, Cartier l’a fait. Non ceci n’est pas une publicité cachée, ni le détournement d’un slogan existant, il s’agit tout simplement de la nouvelle idée de la Fondation Cartier. J’en rêve, sa nouvelle exposition est originale, elle insuffle un vent de jeunesse dans le monde de la création contemporaine.

L’exposition collective base sa sélection sur l’âge des participants, ils ont en général moins de trente ans.
Le commissariat est la deuxième bonne idée car il est exercé par des artistes confirmés qui ont l’habitude de travailler pour la fondation. Chacun d’entre eux coopte un ou deux artistes. A l’arrivée, il y a autant d’artistes que de commissaires.

En parcourant l’exposition, en regardant les œuvres accrochées on commence à imaginer quel sommité se cache derrière elles. Va-t-on reconnaître la patte des stars de l’art contemporain ? Mais qui peut bien aimer cette peinture, cette vidéo ? Mentalement on tente de former un jeu des sept familles en attribuant une paternité entre le commensal et l’invité. La filiation entre les deux est, suivant les cas, assumée, étrange, surprenante ou obligatoire. A ce petit jeu, le spectateur ressort de sa visite avec aucune certitude. Le croisement des regards et des générations provoque des surprises.

Les artistes-commissaires sont collectionnés ou exposés par Cartier. Malgré le nombre de participants, le tout semble baigner dans un esprit très famille. Les duos de circonstance semblent laisser émerger des affinités allant plus loin que la seule exposition. La qualité de l’ensemble fait présager des collaborations et des invitations futures. Les parrains et les marraines, comme dans le musicall, ont accompli leur mission : donner leur chance aux jeunes.

Espace de légitimation, les fondations privées comme les musées accueillent depuis peu des artistes vivants. Conscients de devoir animer leur collection, ces endroits, qui ont longtemps été considérés comme des mouroirs et des morgues, raflent la mise et veulent devenir des lieux de création. Le musée n’est plus posthume mais créatif. Le Louvre comme le Musée national des Beaux-Arts de Rouen sollicitent des artistes actuels pour instaurent des dialoguent entre des œuvres contemporaines et leur collection. Le département archéologique du plus grand musée du monde a ainsi accueilli les lubies et les créations les plus en vogue. Le visiteur peut ainsi découvrir deux pans d’une création et d’un patrimoine qui s’acceptent et se nourrissent mutuellement.

Le temps médiatique semble avoir envahi ces espaces de légitimation. Alors que le musée venait couronner une carrière, il vient maintenant la lancer. A Beaubourg, par exemple, des artistes de moins de quarante ans prennent désormais place à l’intérieur des collections permanentes sans complexe. Xavier Veilhan, Mathieu Laurette, Boris Achour côtoient Nam June Paik, Dan Graham. Tous les artistes les envies, chaque artiste en rêve.

Dans cette ambiance générale, Cartier permet à de jeunes artistes sortant de leurs écoles d’art de mettre le pied à l’étrier. On espère pouvoir les retrouver dans les années à venir.
La vidéo et la photographie sont à l’honneur, ainsi que quelques installations, alors que la peinture n’est présente qu’en de rares exceptions. Si ce large diaporama ne permert toutefois pas de déceler les nouvelles avant-garde, il souligne des directions et des thèmes.

N’attendez pas de trouver des choses révolutionnaires mais partez plutôt à la rencontre de nouvelles personnalités. Soyez parmi les premiers à découvrir des jeunes pousses que vous prendrez plaisir à suivre tout au long de leur carrière. Chaque proposition est ancrée dans une référence à l’histoire de l’art récente. Ici et là, des clins d’œil et des allégeances sont faites à des œuvres récentes. Anastasia Yümeko Hill dans sa vidéo semble faire le remake de Make Up de Bruce Nauman, Jennifer Taylor refait un mini Crystal Palace à la manière d’Othoniel, hôte et commissaire de l’exposition. Quant à Catalina Leon, les débris qu’elle assemble par terre ne sont pas sans nous rappeler la dernière exposition d’Adriana Varejao au même endroit.

A chercher la nouveauté à tout crin le spectateur s’en retournera déçu, mais s’il veut se rendre compte de la diversité des pratiques et des techniques contemporaines, il repartira satisfait.
Il pourra se voir dans un miroir digital avec Justin Manor, admirer le glass-painting très élégante de Chiari Banfi sur la façade de verre de l’immeuble, se déchausser et déambuler sous la tente dressée de Blanca Nieto, parcourir nus pieds la petite cabane blanche de Hann Jin une loupe à la main, afin de déchiffrer les titres accompagnant les mini-sculptures humoristiques collées sur les cloisons et écrits en patte de mouches.

Il pourra également expérimenter la très belle installation suspendue en verrerie de Ramjani Shettar, découvrir des peintures mangas ou les utopies urbaines de Simon Boudvin, ancien félicité des Beaux-Arts l’année dernière et actuellement exposé à la galerie Corentin Hamel.

Le parcours ainsi constitué est riche et de qualité. Tous les goûts seront contentés, chacun pourra trouver ce qu’il cherche et ce qui lui ressemble.