ART | CRITIQUE

Jean-Marc Bustamante

PSandrine Morsillo
@12 Jan 2008

Trois œuvres en guise de survol de vingt ans de création: trois motifs, trois mode d’occupation de l’espace, trois points de vue, trois types de matériaux, de la photographie à l’installation.entraîner dans des territoires improbables, vers des dehors imaginaires.

Trois œuvres sont exposées à la Galerie Obadia tandis que d’autres sont simultanément présentées chez Daniel Templon. Une photographie en couleurs de 1980, Tableau (T 20-80), une installation de 1993, Continents V, et un Panorama Submarine de 2000. Vingt années de création sont donc pointées là à travers différents médiums.

Tableau est le titre que Bustamante donne à ses photographies, une manière d’évoquer la peinture. Le matériel qu’il déploie peut effectivement rappeler celui du peintre: le pied et la chambre photographique renvoient au chevalet du peintre de paysage. D’autres éléments évoquent encore la peinture: le format important pour la photographie (158 x 126 cm), le tirage unique, encadré, et la netteté de tous les plans valorisant plus les formes et les couleurs qu’un motif particulier. Il est d’ailleurs difficile de situer le paysage: sous un ciel bleu a-t-on affaire à une construction abandonnée dans un paysage du sud, ou à un paysage avec ruine ? Mais c’est moins le sujet que l’on retient que l’intensité de la lumière qui joue sur les matières contrastées.

Ce paysage en couleurs côtoie une installation constituée simplement de deux morceaux de moquette, non entièrement déroulées, sur lesquels sont posées des formes atypiques en PVC. L’austérité des matériaux et de la couleur (la moquette est d’une couleur proche de celle du sol en béton de la galerie) confèrent à l’œuvre un aspect très minimal. Quant au titre, Continents, il évoque une géographie à reconnaître ou un territoire à imaginer.
Après le paysage du sud photographié, quelles sensations suscitent le minimalisme de ces continents à géographie énigmatique? Pourtant, par le fait que la moquette est incomplètement déroulée, elle ouvre un espace qui est à la fois celui du lieu d’exposition et celui du lieu à imaginer. Elle pourrait virtuellement se dérouler entièrement, recouvrir tout le sol, voire la totalité d’un espace illimité.

Sur le mur d’en face, le grand Panorama Submarine diffère de l’œuvre précédente par son accrochage au mur, par ses couleurs et par la gestualité abstraite de sa facture composée de longues traces horizontales. Alors que l’idée d’une marine est bien suggérée, le titre oriente le regard au-dessous de la surface de la mer. Les couleurs sérigraphiées sur un plastique transparent détaché du mur grâce à des pattes métalliques ont l’air de flotter, d’autant plus que le mur est très perceptible dans les parties non totalement recouvertes du support.

Alors que le motif de Tableau est serré et sans hors-champ, c’est précisément le hors-champ que suggère la moquette non déroulée et le plastique transparent détaché du mur. Dans ses Salons, Diderot invite à regarder une marine à l’aide d’une lunette afin de créer l ‘illusion d’être en haut d’une montagne. Ce ne sont pas ici des instruments d’optique, mais les œuvres elles-mêmes qui règlent la vue, en définissant des points de vue spécifiques et nos postures corporelles.
Le Tableau encadré nous impose un point de vue frontal de face, l’installation Continents prescrit un point de vue aérien en surplomb, tandis que le Panorama nous incite à adopter un point de vue de trois quarts, à nous placer sur le côté pour percevoir l’effet du dessus-dessous.
Par leurs motifs, leurs factures plastiques et leurs dispositifs, ces œuvres pourtant bien ancrées dans le lieu de l’exposition ont le pouvoir de nous entraîner dans des territoires improbables, vers des dehors imaginaires.

Jean-Marc Bustamante
Panorama Submarine, 2000. Encres sur plastique transparent avec 4 montants en acier. 126 x 291 x 6 cm.
Continents n°V, 1993. PVC, moquette. 300 x 190 cm.
Tableau 20-80, 1980. Photographie couleur. 158 x 126 cm

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