DANSE | SPECTACLE

Samsara

06 Nov - 17 Nov 2019

Attachée à explorer les relations, la chorégraphe Jann Gallois livre un nouvel opus : Samsara. Donnant à la contrainte une matérialité chorégraphique, sur scène sept danseurs sont fermement reliés les uns aux autres. Une souffrance ou une chance ? Une matière à variations, avant le nirvana.

Telles de longues nattes, sur scène les sept danseurs de Samsara (2019) sont reliés par des guindes noires tressées. En sanskrit, samsara signifie ‘ensemble de ce qui circule’ ; en tibétain, ‘transmigration’. Et globalement, samsara exprime, dans le bouddhisme, quelque chose de l’accumulation des souffrances et renaissances, ainsi que des liens unissant l’individu au tout. Et les individus entre eux. Artiste associée à Chaillot – Théâtre national de la Danse, la chorégraphe belge Jann Gallois (Cie BurnOut) livre ainsi une nouvelle pièce en forme d’exploration des contraintes. Une pièce où les tensions sont poussées jusqu’à leurs limites. Comment accompagner, par la danse, les publics dans cette notion abstraite ? Si le nirvana, délivrance du samsara, a souvent fait l’objet de multiples représentations paradisiaques, le samsara n’en est pas moins singulier à transcrire. Sur une scène claire et dépouillée, les sept danseurs présentent ainsi une incarnation sensible des interdépendances du karma.

Samsara de Jann Gallois : sept danseurs interreliés, à l’orée du nirvana

Comme le note Jann Gallois, « l’écriture chorégraphique s’articulera autour d’un objet scénographique central, une ‘toile d’araignée’ géante dans laquelle sont emprisonnés les corps ». Réseau, toile, maillage, filet, structure architecturée, organisée, constellation, molécule, chevelure emmêlée… Les métaphores ne manquent pas pour évoquer l’état d’enchevêtrement et d’intrication des corps. Tantôt l’un tire à gauche et c’est toute la structure qui bascule. Ou oppose une résistance apte à renverser l’élément perturbateur. Tantôt l’ensemble étoilé s’enroule, pour mieux se dérouler et se heurter aux bouts des cordes. Parfois, l’ensemble porte l’individu, le soutient, lui permet de continuer de bouger. Mais parfois aussi, c’est en le traînant qu’il lui rappelle son destin d’enchaîné. Le chien attaché à sa niche ne se sent pas entravé tant qu’il ne tire pas sur la laisse. Mais sans collier, il pourrait aussi se sentir perdu. Avec ce dispositif, Jann Gallois explore ainsi les combinaisons possibles.

Entre danse contemporaine et acrobatie : l’étrange beauté des entrelacs vivants

Entre les deux extrêmes, l’attache ou l’errance, le samsara ou le nirvana : quantité d’approches possibles. Physiquement et chorégraphiquement. Autant d’images et sensations qui pourront enrichir la perception du rapport à l’autre. Dans des sociétés de plus en plus urbaines et denses, redéfinir les liens, hésitant entre proximité et promiscuité, n’est pas chose vaine. Intense souffrance d’un lien indéfectible, qui s’enfonce dans les chairs comme un nœud gordien, jusqu’à enfin trouver la voie du nirvana… Ou manière de se supporter pour pouvoir se porter… La pièce Samsara rend visible le « nœud de la sympathie » humaine, pour reprendre les termes d’Edmund Burke ; théoricien du sublime et père du conservatisme. Accepter ces liaisons, covalentes ou dévaluantes, pour mieux se libérer des cycles de souffrance et de reproduction sans fin… Sur une musique envoûtante de Charles Amblard, Samsara explore ainsi les limites et opportunités de la contrainte.

À découvrir en première mondiale à Chaillot, Théâtre national de la Danse.