DANSE | SPECTACLE

Compact / Diagnostic F20.9

19 Fév - 22 Fév 2019

Reprenant deux de ses pièces, la chorégraphe Jann Gallois fait dialoguer Compact et Diagnostic F20.9. Pour une plongée dans la zone de friction altérité-identité. Avec un duo hip-hop où deux danseurs ne se lâchent pas, suivi d'un solo sensible, restituant quelque chose de la pluralité des schizophrénies.

Artiste associée à Chaillot – Théâtre National de la Danse, la chorégraphe Jann Gallois (Cie BurnOut) reprend deux de ses créations antérieures. À savoir Compact (2016) et Diagnostic F20.9 (2015). Un redoublement d’interprétation pour deux performances habitées par les frictions du couple identité-altérité. Duo puis solo, c’est avec le danseur hip-hop Rafael Smadja que Jann Gallois interprétera d’abord Compact. Avant de se livrer à un solo à la limite du pluriel, autour du trouble mental – encore mal connu – qu’est la schizophrénie. Soient deux moments d’altérité en acte, avec le contact physique d’une part et les troubles d’identification d’autre part. Le tout formant une immersion dans ce que le rapport à l’autre, et à soi, peut avoir de plus exigeant. En termes de demandes d’attention et de réponses adaptées. Deux performances où affleure la notion de défi : celui de ne jamais se lâcher, celui de devoir tout contrôler.

Compact de Jann Gallois : un duo chorégraphique à l’épreuve du corps à corps

Duo d’une vingtaine de minutes, Compact répond à un protocole à la fois simple et exigeant. Deux danseurs, Jann Gallois et Rafael Smadja, composent un agrégat de deux corps constamment connectés. Sans se lâcher d’un pouce, les deux entités composent un entrelacs conjuguant danse hip-hop et danse contact. Terrain de jeu et d’expérimentation, Compact oscille entre burlesque et poésie, désamorçant l’agressivité de l’entrave par l’humour et la sympathie. Pour cette pièce, Jann Gallois s’est tournée vers deux musiciens contemporains. À savoir Alexandre Dai Castaing, à qui elle a commandé la musique d’introduction du spectacle. Et Nils Frahm, dont les notes de piano (Hammers, 2013 et Says, 2013) dessinent des paysages à la mélancolie pulsatile. Architecture de corps en mouvement, Compact explore l’ultra-connexion dans un monde à la limite de la décohérence. Avec des êtres à la fois constamment connectés, ramassés, mais à l’attention pourtant de plus en plus dispersée, diluée.

Diagnostic F20.9 : par la danse, restituer quelque chose de la schizophrénie

À ce duo hyper-contrôlé vient répondre la pièce Diagnostic F20.9. Un nom clinique, qui reprend la Classification Internationale des Maladies, éditée par l’Organisation Mondiale de la Santé. Une nomenclature dans laquelle les désordres mentaux et comportementaux sont décrits dans les sections allant de F00 à F99. Avec les troubles schizophréniques occupant les portions F20-F29. Incommensurable décalage entre la description des symptômes et le vécu, Diagnostic F20.9 plonge dans ces expériences éprouvantes, par la danse. Une exploration de la contrainte qui s’appuie notamment sur le livre autobiographique Demain, j’étais folle d’Arnhild Lauveng. Tandis que sur scène, la contention que s’impose Jann Gallois est celle d’un espace réduit à neuf mètres carrés. Soit la surface minimale de tout espace d’incarcération, en France. Altérité conflictuelle, Diagnostic F20.9 restitue quelque chose des échanges avec les personnes schizophrènes que Jann Gallois a rencontrées. Hallucinations, dissociations, démultiplication… Autant d’expériences énigmatiques, retranscrites en gestes sensibles.