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James Welling

Entre l’œil et le monde se glisse un point de vue : voici ce que montrent les photographies de James Welling. Prises à l’aide de filtres colorés, chacune d’entre elles présente un ou plusieurs pans de couleur, au travers desquels le motif — une maison — reste identifiable.

Une vidéo, toujours de James Welling, Lake Pavillon, fait appel au même procédé. Les images, cahotantes et troubles, sont revêtues de teintes pastelles bleues et vertes, dont l’effet est de rendre le sujet indiscernable. En d’autres termes, contre un simple décalque du monde, James Welling met en avant l’intervention transformatrice de l’artiste.

 

Outre sa valeur réflexive — rappeler l’élaboration à l’origine de toute photographie —, l’usage de filtres est porteur de valeur expressive. Car, si la représentation de l’objet est assurée par la seule machine, l’expression — fondée sur les formes, la composition et le cadrage — nécessite quant à elle l’intervention de l’artiste.

De fait, sur la base de ce qu’il photographie — une maison conçue par Philippe Johnson, figure majeure de l’architecture moderne —, James Welling opte pour une prise de vue classique, centrée et orthogonale, pour l’absence de personnages ainsi qu’un certain nombre de couleurs. Autant de procédures dont l’enjeu est l’expressivité de l’œuvre.

 

Sans nulle présence humaine, hors du temps, l’architecture filmée et photographiée par James Welling évoque la peinture de De Chirico, connue comme expression de la mélancolie. En effet, le sentiment du vide et de la séparation, l’arrêt du désir et du mouvement, propres à l’état dépressif, sont véhiculés par le caractère désertique des lieux, l’aspect métallique des teintes, et l’interposition de vitres entre le regard et l’intérieur de la maison. Ainsi, l’artiste appose un filtre affectif, davantage qu’intellectuel, sur le monde.

James Welling

— Glass House Series (n° 5219, 5501, 6063, 6412), 2008. Tirage jet d’encre. 85,5 x 128,3 cm.

Lake Pavillon, 2009. DVD – sonore. Durée: 6’15’’ boucle. Edition 1/5.