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James Turrell

PMuriel Denet
@12 Jan 2008

La galerie déménage de la rue Louise Weiss à la rue Chevaleret, et c’est à James Turrell qu’est revenu le passage de témoin entre les deux espaces. Il expose une sculpture et deux dessins, qui sont des étapes dans ses recherches sur l’ambitieux projet de Roden Crater.

Artiste d’envergure internationale, James Turrell capte et sculpte la lumière dans des installations qui happent le spectateur, et le plongent dans des expériences perceptives qui voudraient susciter chez lui une réflexion sur sa propre relation au monde. Turrell travaille à un projet ambitieux d’installation permanente dans le désert d’Arizona, Roden Crater, qui devrait être ouvert en 2003.

La galerie déménage, et c’est à James Turrell qu’est revenu le passage de témoin entre les deux espaces. Exposés jusqu’au 9 avril rue Louise Weiss, une sculpture et deux dessins accueillent désormais le visiteur rue Chevaleret. Ces œuvres sont des étapes dans les recherches que l’artiste mène, depuis deux décennies, sur l’ambitieux projet de Roden Crater: un volcan éteint du désert de l’Arizona, qu’il a acquis en 1979, pour l’aménager en observatoire à ciel ouvert, et réceptacle calculé des rayonnements cosmiques.

Crater’s Eye est la maquette de la chambre centrale, aujourd’hui terminée : de forme circulaire, un puits ouvert sur le ciel est circonscrit dans un réseau de galeries concentriques. Les dessins à l’encaustique présentent le site, en vues aériennes, dans des teintes bleues, roses, et ocres, qui évoquent les couleurs des photographies satellitaires. Leur superposition aux tracés topographiques des courbes de niveaux, et aux plans techniques des installations conçues par l’artiste, leur confère un caractère hybride, d’une force plastique bien plus séduisante qu’informative. Mais l’utopie grandiose de ce projet, qui ressortit à un Land Art cosmique, est ainsi tout juste esquissé.

La frustration qui en résulte est cependant compensée par la présentation d’une pièce spécialement créée pour le nouvel espace. Un sas obscur conduit jusque dans une salle aux contours irréguliers et indéfinis, à peine perceptibles dans la lumière rouge qui émane d’une ouverture rectangulaire, de la dimension de l’un des murs. Plongé dans cet atmosphère sourde et vaporeuse, le spectateur scrute, essaie de comprendre cet espace inconnu, puisque encore jamais vu, mais finit par se laisser envelopper dans le mystère de cette irradiation brûlante. Est-ce un effet rétinien dû à la persistance de l’observation ? L’immatérielle masse rouge se décompose en jaune-orangé en ses bords, et semble mue d’une infime palpitation, d’un battement sourd quasi organique : comme une coulée de lave dont les rayonnements auraient été captés, et domptés, par James Turrell, maître-sculpteur de lumière.

James Turrell :
Crater’s Eye. Sculpture en plâtre. 86 x 86 x 27,5 cm.
Pink Crater Center, 1993. Dessin à l’encaustique. 50,5 x 63 cm.
East Space, 1993. Dessin à l’encaustique. 63 x 50,5 cm.
Light Piece, 2002.