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Jacques Villeglé : « Sans lettre, sans figure ». Affiches lacérées 1951-1968

Un long et riche entretien en ouverture de ce catalogue illustré d’un corpus d’affiches courant sur plus d’une quinzaine d’années. Jacques Villeglé y évoque son travail, ses influences, sa formation, sa collaboration avec Raymond Hains et avec d’autres artistes…

— Éditeur : Galerie Georges-Philippe et Nathalie Vallois, Paris
— Année : 2003
— Format : 30 x 21 cm
— Illustrations : nombreuses, en couleurs
— Pages : 65
— Langues : français, anglais
— ISBN : non précisé
— Prix : 20 €

« Sans lettre, sans figure »

par Jacques Villeglé (extrait de l’entretien avec Hans Ulrich Obrist et Robert Fleck, p. 4)

Le point de départ de mon travail remonte vraiment en janvier 1947 : je me promenais avec Raymond Hains à Nantes — ville que j’avais traversée durant ma jeunesse, mais que je connaissais à peine et que Raymond n’avait jamais vue. Dans cette ville en ruines, cette Loire très large, le pont transbordeur et les scies mécaniques des usines créaient un spectacle total. Comme on pensait beaucoup Cinéma, on avait d’abord songé à le filmer. Mais on s’est dit que dans une salle de projection, on manquerait d’air frais et que notre vision serait réduite. C’est certainement mon plus vieux souvenir; j’ai senti qu’il fallait prélever la Nature telle qu’elle était et ne pas essayer de la transposer. Par la suite, au mois d’août, à Saint-Malo, j’y pensais toujours quand j’ai trouvé un fil de fer. En le maniant, j’ai réalisé que c’était un véritable dessin dans l’espace. Un peu plus tard, j’en ai trouvé un second et je les ai réunis tous les deux. Cela a été ma première œuvre marquante, la première que j’ai aimée [Fil d’acier (Chaussée des Corsaires), août 1947, acier, 63 x 49 x 9 cm, collection Musée national d’Art moderne-Centre Pompidou, Paris]… Mais pour moi, c’est la couleur qui comptait. C’est ainsi que je suis arrivé aux affiches avec Raymond Hains. Je lui avais montré les fils de fer, ça l’avait travaillé. À cette époque-là, il était plus photographe et prenait en photo des affiches dans la rue. Par la suite, Bernard Lamarche-Vadel a comparé notre démarche à celle d’un photographe [Bernard Lamarche-Vadel, La Présentation en jugement, Paris : Marval, 1990], et c’est vrai que c’était à l’origine de notre travail. Les premières œuvres qu’on a prélevées intégraient la typographie. C’est certainement par référence au cubisme car, à cette époque, c’était ce qu’il y avait de plus réussi à nos yeux. Les collages cubistes étaient pourtant méprisés : on disait que ce n’était pas assez solide, que cela ne résisterait pas à l’épreuve du temps, que ça se décollerait, etc. Mais pour moi, c’était vraiment une réussite. Donc, je travaillais d’abord sur la typographie et la couleur, parce que c’était quelque chose d’accessible à tous. À cette époque-là, comme je vous le disais, il y avait beaucoup de papiers monochromes sur les palissades. Car toutes celles qui n’étaient pas utilisées étaient recouvertes par des affiches monochromes. De même, il n’y avait pas la même accumulation d’éléments et le même bombardement d’informations sur les publicités. Si bien que les peintres abstraits regardaient nos affiches d’un œil bienveillant parce qu’ils voyaient nos œuvres comme des compositions abstraites, alors que pour moi, c’était un décor de la ville…

(Texte publié avec l’aimable autorisation de la galerie Vallois)

Article sur l’exposition
Nous vous incitons à lire l’article rédigé par Katrin Gattinger sur cette exposition en cliquant sur le lien ci-dessous.

critique

Sans lettre sans figure