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Jacques Villeglé

A 84 ans, Jacques Villeglé est encore sous le charme de sa rétrospective à Beaubourg. Il revient sur le vol de son affiche et prépare un texte qui rétablit la vérité sur Pierre Restany, le promoteur et le théoricien du Nouveau réalisme.

Pierre-Evariste Douaire. Comment s’est passée votre rétrospective à Beaubourg ?
Jacques Villeglé. J’ai eu beaucoup de chance. Alfred Pacquement a choisi Sophie Duplaix, une commissaire d’exposition remarquable. Elle me parlait des problèmes une fois qu’elle les avait résolus. J’étais en admiration. L’équipe était bien huilée. Je ne pouvais craindre que des événements extérieurs. La crise a débarqué le jour du vernissage, mais les sponsors avaient déjà engagé leur parole et leur argent. Le musée n’a pas été en grève comme cette année. Le catalogue est très bien. Les contributeurs sont de jeunes auteurs. Le musée a bien fait les choses, même si j’ai dû attendre un certains temps pour cela. Mais pour une rétrospective, autant attendre le dernier moment. Cela a été une source de satisfaction. Le public a répondu présent. L’exposition futuriste d’à côté était plus scientifique et a donc dérouté les visiteurs. Mais dans mes salles un livre de Marinetti était visible. Cela m’amusait beaucoup.

Vous êtes réconcilié avec les fonctionnaires de la culture ?

Jacques Villeglé. Les Nouveaux Réalistes n’ont jamais été aimés par les institutions françaises. C’est un fait. Pourtant, Malraux, le premier ministre de la Culture, a vraiment regardé notre travail avec intérêt. A la première Biennale de Paris, en 1959, il s’est arrêté longuement dans la salle que nous occupions avec Raymond Hains. Sa visite a duré des heures au grand étonnement de tout le monde, nous y compris. Il a conclu sa visite en déclarant que les artistes avaient pris le pouvoir. C’était magnifique. Il a fait à Picasso un compte rendu de notre salle, «la salle des Haffreux» a-t-il commenté.

En parallèle de votre rétrospective, vous avez collé une affiche dans la rue.

Jacques Villeglé. Jean Faucheur, un ancien frère Ripoulin m’a invité à coller une affiche sur le mur de la rue Oberkampf. C’était la première fois que j’avais une commande picturale de huit mètres de long sur trois mètres de haut. J’ai accepté avec enthousiasme. Les phrases écrites avec les graphismes sociopolitiques sont de Robert Desnos. C’est un poète populaire et parisien. J’ai regardé s’il avait fréquenté le 11e arrondissement mais je crois que c’est un quartier qu’il a plutôt ignoré. J’ai vu tout ce quartier changer. À mon arrivée à Paris, c’étaient les petites gens qui habitaient Oberkampf, ensuite se fut le tour des nord-africains, puis ils ont été remplacés par les chinois. Aujourd’hui, c’est une rue très vivante avec beaucoup de cafés. Cette pente qui monte à Belleville a changé d’aspect trois fois, j’en ai été le témoin. Je pense que j’ai réussi quelque chose avec cette affiche peinte.

Tellement bien que l’affiche a été volée.

Jacques Villeglé. Au bout de quarante-huit heures, elle a été volée par de vrais professionnels. Un camion était nécessaire à l’opération comme la présence d’une échelle montée sur roulette pour monter jusqu’à plus de quatre mètres de haut. Le rouleau n’a pas été abîmé car le panneau entier a été enlevé d’un seul morceau, cela comprend mon affiche, mais aussi les couches inférieures. Le tout devait peser cinquante kilos. L’équipe devait être bien organisée, savoir parfaitement quoi faire. Au minimum, il y avait trois personnes travaillant avec précision et rapidement. Un guetteur devait être également présent. C’est pendant la nuit que tout cela s’est passé, vers 2h30. Tout de suite après, Ernest Pignon-Ernest a écrit à l’association pour raconter sa même mésaventure. Un de ses dessins a subi le même sort. Collé depuis un mois, il a été retiré juste après un article paru dans la presse permettant de le localiser. Son dessin et mon affiche doivent se trouver à l’intérieur d’un container, dans un entrepôt international. Cela ressortira dans trente ans (sourire).

Ce vol vous gêne-t-il ?
Jacques Villeglé. Personnellement, je suis indifférent à cette affaire, je suis juste triste pour les organisateurs. Je savais que je ne récupérerai pas l’affiche. Mais j’étais très embêté pour eux. Inviter un artiste connu permet de mieux les faire connaître. Ce qui est malheureux, c’est qu’un autre artiste hésitera peut-être à venir. Les gens comme moi doivent aider les plus jeunes. Par contre, la nouvelle du vol a été retentissante. Il y a eu beaucoup de presse pour cet événement.

Une copie de cette affiche sera prochainement visible.

Jacques Villeglé. Je l’ai recomposée en plus petit. Elle est 10% plus petite, aux dimensions de mon atelier. Elle sera prochainement exposée à Thonon-les-Bains. Comme j’estimais que j’avais réussi ma composition, j’ai eu envie de la refaire. Matisse a réalisé quatre séries de La Danse. La première s’appelait Eros et la dernière Thanatos. On n’arrive jamais à faire ce que l’on veut exactement. Même Matisse.

Vous travaillez sur quoi actuellement ?
Jacques Villeglé. Je tente de rétablir la vérité sur Pierre Restany. J’ai lu les actes du colloque «Le Demi-siècle de Pierre Restany». Il y a beaucoup d’inexactitudes, de contre-vérités, voire peut-être, d’inexpérience. Je vais publier ça prochainement. Pierre Restany a été un personnage complexe, ce qu’a compris le directeur de publication, Richard Leeman, qui a été bienveillant à mon égard.

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