ART | CRITIQUE

Islands

PMarie-Jeanne Caprasse
@12 Jan 2008

Bienvenue dans l’univers enchanteur de Sven Kroner. Des paysages de carte postale détournés où les hommes sont transformés en éternels touristes perdus dans l’immensité des paysages. En parallèle, une vidéo de Fabien Rigobert met en scène la fracture entre l’intime et le monde extérieur.

Bienvenue dans l’univers enchanteur de Sven Kroner. Un cadre de nature préservée, bords de rivière ou montagnes enneigées, où quelques personnages s’adonnent à des activités de loisirs : baignades, pic-niques, promenades ou ski. Des sujets qui font très souvent référence aux montagnes de la région natale de l’artiste, les Alpes Bavaroises.

Ses peintures de très grand format sont composées à partir de photographies. Au premier abord, le paysage semble réaliste, pourtant l’artiste multiplie les points de vues et exagère les angles, provoquant un effet d’artifice né de la distorsion de la perspective. Ses personnages, parangons du touriste occidental, semblent parachutés dans un environnement trop imposant. Ils sont figés dans l’action, comme dans l’attente d’un événement qui viendrait les réveiller de leur torpeur.

Si l’artiste déclare voyager par sa peinture vers le monde rêvé de son enfance, on ne peut s’empêcher de considérer ces cartes postales paysagères avec circonspection et angoisse. En effet, les couleurs et la matière picturale font peser un voile lourd sur la nature. A la manière d’un Greco, l’artiste emploie des noirs, des gris et des verts, altérant la fraîcheur des coloris. Peignant à même le sol, Sven Kroner utilise souvent de la peinture très liquide qui se mélange sur la toile aux autres couleurs. En résultent des motifs, en volutes ou larges plages de couleurs, qui donnent un caractère abstrait aux éléments du paysage.

Parallèlement à cette première exposition personnelle du peintre allemand, la galerie présente une vidéo du français Fabien Rigobert, prix Altadis en 2004. Topanga Ground met en scène quatre personnages assis autour d’un feu en plein air. Un homme en chaise roulante se lève et brûle une pancarte sur laquelle est écrit : « Save yourself ». L’action a un potentiel dramatique et pourtant, les autres personnages continuent à contempler le feu, impassibles.

Réalisé à partir de photographies, le film déroule une action saccadée où les gestes des personnages ne semblent pas leur appartenir. Effectivement, ces mouvements sont virtuels puisque recomposés à l’aide d’un logiciel d’interpolation. Outre le déroulement narratif étrange de la scène, on retrouve également dans la posture des personnages la thématique essentielle du travail de Fabien Rigobert : à l’interaction physique engendrée par la mise en présence des corps répond un isolement mental qui enferme chacun dans son monde. Même dans l’action et la scène de groupe, chacun reste isolé, absent au monde.

Sven Kroner :
o.T (Islands), 2005. Acrylique sur toile. 70 x 90 cm.
o.T (Islands), 2005. Acrylique sur toile. 70 x 80 cm.
Bärensee 2, 2004. Acrylique sur toile. 150 x 210 cm.
o.T., 2004. Acrylique sur toile. 190 x 250 cm.
Bärensee 1, 2004. Acrylique sur toile. 170 x 240 cm.
o.T (Under the Bridge), 2004. Acrylique sur toile. 150 x 180 cm.
Wertach II, 2004. Acrylique sur toile. 210 x 270 cm.
Biergarten, 2004. Acrylique sur toile. 140 x 180 cm.
o.T (Fog), 2004. Acrylique sur toile. 210 x 240 cm.
Sans titre (Fog), 2004. Acrylique sur toile. 210 x 240 cm.
Sans titre (Fog), 2004. Acrylique sur toile. 210 x 270 cm.

Fabien Rigobert
Topanga Ground, 2004. DVD. 2’24.