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Inverse Times

PMagali Lesauvage
@12 Jan 2008

Le musée parisien consacré à l’œuvre et à la vie du sculpteur Ossip Zadkine accueille l’exposition du duo de jeunes artistes brésiliens Angela Detanico et Rafael Lain, qui se sont attachés à la transcription du signe, en particulier typographique, et au dialogue entre graphisme et sculpture.

Angela Detanico et Rafael Lain, tous deux graphistes, travaillent ensemble depuis plus d’une dizaine d’années sur la notion de signe, usant de procédés divers (installation, vidéo, image numérique). Sur proposition de deux commissaires invités, Penelope Curtis et Stephen Feeke, respectivement directrice et conservateur adjoint du Henry Moore Institute de Leeds, ils ont été sollicités afin de confronter leur œuvres à celles d’Ossip Zadkine, sculpteur «cubiste», spécialiste de la taille directe.
Detanico et Lain ont également conçu le catalogue de l’exposition où ils ont pu développer leur expérience sur la typographie, notamment en utilisant les polices qu’ils ont créées.

Trois œuvres constituent l’essentiel de l’exposition. Face aux sculptures totémiques de Zadkine, La Fleur inverse est une installation mêlant texte et son. Employant comme matière première un poème de Jacques Roubaud, Detanico et Lain inventent une nouvelle police, Inverse Times, envers de l’usuel Times. Les lettres redevenues lisibles par leur reflet dans des miroirs, le texte n’en demeure pas moins incompréhensible, les mots restant inversés. L’incompréhension est accrue par la diffusion d’une musique toute en hachures sonores de François Sarhan.
En écho à l’installation est présenté le livre d’artiste La Prose du Transsibérien et de la Petite Jehanne de France (1913), «premier livre simultané» provenant de la collection de Zadkine et issu de la collaboration entre Blaise Cendrars et Sonia Delaunay.

Plus loin, une série d’impressions sur papier, intitulée Le Nom des étoiles (2007), utilise la matière même de l’écriture, à savoir l’encre, pour dérouler une liste de noms d’étoiles, figurées par des disques superposés. Ceux-ci sont obtenus en transférant la quantité d’encre nécessaire à l’impression de chaque lettre: ainsi est créée une nouvelle police, baptisée Helvetica Concentrated, où le caractère est littéralement dilué sous forme de disque sur la surface du papier.

Plus directement en rapport avec l’œuvre de Zadkine, la projection numérique Selected Sculpture from Ossip Zadkine représente une pièce de l’artiste, Demeter, photographiée numériquement. L’image, convertie au format bitmap à une très basse résolution, est ensuite retravaillée sur Photoshop pour sélectionner les zones noires, c’est-à-dire en creux dans la sculpture. Cette mutation de l’image donne l’illusion de l’animation, et permet, par l’emploi d’une technologie nouvelle, de révéler la méthode ancienne de la taille directe utilisée par le sculpteur, mêlant procédés, caractéristiques plastiques et temporalités.

Angela Detanico et Rafael Lain
Le Nom des étoiles, 2007. Impression jet d’encre sur plexi, tirage numérique 42,5 x 42,5cm.
Le Nom des étoiles, 2007. Installation, musée Zadkine.
La Fleur Inverse, 2007. Avec la collaboration de Jacques Roubaud et François Sarhan. Texte composé en Inverse Times, 12 modules en bois (48 x 46,5 x 25 cm), plexiglas, miroir, haut-parleurs.
Selected Sculpture from Ossip Zadkine, 2007. Projection à partir d’une photographie de la sculpture d’Ossip Zadkine, (Déméter, 1958, ébène, 149 x 27 x 27 cm).

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