Tadeusz Rolke: «Lieux»
Institut Polonais
L’événement
Communiqué de presse (par Marek Grygiel)
De l’Invisible
Il est malaisé de décrire en quelques phrases l’œuvre riche et diverse de Tadeusz Rolke. Les débuts de sa longue fascination pour la photographie remontent aux années cinquante et sont liés à la photographie de presse. La décennie suivante est pour lui celle d’une collaboration avec Polska, un des magazines alors les mieux rédigés, et d’un travail de rassemblement intensif de documentation sur la vie des milieux artistiques et intellectuels. Les dix années qui suivent l’amènent à séjourner à Hambourg et à travailler comme photographe indépendant, free-lance comme on dit, pour des magazines allemands et européens.Tadeusz Rolke réalise alors des clichés liés à la vie des théâtres, des scènes non conventionnelles et des festivals artistiques. Son retour en Pologne dans les années 80 produit un cycle de photos plus intimes (entre autres, le célèbre cycle Béatrice), il lui permet la réalisation de projets artistiques personnels dont le couronnement sera en 1989 l’exposition «Violence, sexe et nostalgie», dans l’Ancienne Galerie de l’Union des Artistes Photographes Polonais de Varsovie. Il a consacré ces dernières années à la photo du milieu artistique progressiste en Pologne, à une coopération permanente avec la revue Artde Hambourg, ainsi qu’à une collaboration avec le supplément magazine de Gazeta Wyborcza, avec Wprost et d’autres hebdomadaires.
Depuis 1997,Tadeusz Rolke a exposé ses travaux de manière plus intensive lors de nombreuses manifestations dans son pays, à commencer par une exposition importante et au caractère quasi rétrospectif, intitulée «Je photographiais les années 60, et pas seulement…» au Centre d’Art Contemporain du Château Ujazdowski de Varsovie, ainsi qu’à l’étranger (Lituanie, Allemagne, Slovaquie, France).
Sa dernière réalisation importante, La Voisine (juillet 2001, à la Galerie Nationale Zacheta, avec Chris Niedenthal), ainsi que le cycle Nous étions là, toujours en cours mais dont la première présentation eut lieu à l’Institut Historique du Judaï;sme en janvier 2003, montrent une nouvelle direction des intérêts et des recherches de cet artiste difficile à définir.
L’exposition «Lieux» tente de rassembler plusieurs tendances actuelles de son œuvre. Son titre, un peu trompeur peut-être, met l’accent sur la permanence du changement de la localisation des photographies réalisées. Mais celles-ci ont en partage, ce qui les unit, une curiosité effrénée pour le monde. Celle-ci se traduit par une simplicité et un raffinement qui vont de pair. Les photos de Tadeusz Rolke décrivent parfaitement l’homme et son environnement. On y trouve parfois des personnages connus de tous mais qu’il nous semble voir pour la première fois. Indépendamment de leur valeur documentaire, ces clichés ont une aura spécifique, une sorte de magie perceptible sans explications particulières. Ce peuvent être des photos sans personnages, mais dont nous ressentons qu’ils viennent de partir parce que les traces de leurs activités sont mises en valeur au sens littéral aussi bien que figuré.
Tadeusz Rolke n’est pas un photographe de paysages, il photographie plutôt une topographie du destin humain manifesté par la richesse de la vie. Ce ne sont pas seulement les gens célèbres et reconnus qui l’intéressent, mais aussi des personnages totalement anonymes dans lesquels nous retrouvons ce quelque chose qui nous oblige non seulement à nous arrêter devant la silhouette et la situation fixées par le photographe, mais aussi nous pousse à des réflexions de caractère philosophique plus large.
L’exposition se compose de trois parties distinctes: la première est un retour à des temps anciens et passés, souvent des photographies de rues ; en effet, qu’est-ce qui mieux qu’une rue peut procurer un sentiment d’authenticité ? Il y a également un groupe de photos prises par Tadeusz Rolke, voici des décennies, presque quarante ans, à Paris. Les noms de classiques comme Doisneau, Izis, Boubat ou Ronis viennent naturellement à l’esprit, mais il est peu vraisemblable que Tadeusz Rolke se soit directement inspiré des œuvres de ces maîtres. Il y a pu par contre retrouver une atmosphère commune. Peut-être est-ce le charme de la ville et l’ambiance plutôt mélancolique de ces photos qui permettent de les situer parmi les classiques du genre.
Le deuxième groupe est constitué par une bonne dizaine de photos du cycle inachevé Nous étions là. A l’aide de quelques photos réalistes de petites villes qui furent dans le temps habitées par des Hassidim sur le territoire de la Pologne et de l’Ukraine, Rolke tente de réaliser une reconstruction symbolique de l’ambiance de ces bourgades. La photo réalisée tout récemment, à la mi-janvier de cette année, dans la petite ville de Jadow en Mazovie témoigne de l’importance actuelle de ce projet pour lui.
Et enfin, le cycle du Fischmarkt (« le marché aux poissons ») réalisé à Hambourg où l’artiste a séjourné dix ans. Pendant de nombreuses semaines,Tadeusz Rolke a visité l’un des marchés les plus célèbres en suivant les comportements inhabituels de cette micro-société. Il en est résulté un enregistrement non conventionnel susceptible de servir de matériau pour des recherches sociologiques, et un témoignage non dépourvu de traits artistiques et plein d’humour et de verve.
L’exposition «Lieux,» comme indiqué plus haut, représente une sélection parmi les nombreux fils thématiques de l’oeuvre riche de Tadeusz Rolke. L’intention de l’auteur et des organisateurs est de montrer quelques dizaines de clichés dont le choix difficile permet au spectateur d’éprouver admiration et curiosité sans bornes pour toutes les manifestations de la vie saisies à chaud, dans leur vérité, et parfois avec une certaine distance ou un sens particulier d’humour poétique. La photographie, comme peu de domaines, permet de regarder en arrière, mais elle ouvre aussi des possibilités de voir ce qui à un moment donné a été invisible. Elle permet de percevoir l’invisible. Cet art réussit à certains photographes. À Tadeusz Rolke, sans le moindre doute.
Infos pratiques
> Lieu
Institut Polonais
31, rue Jean Goujon 75008 Paris
M° Alma Marceau
> Horaires
lundi, mardi, jeudi, vendredi de 10h à 17h, mercredi de 10h à 19h
> Contact
T. 01 53 93 90 10
www.institut.pologne.net
> Entrée libre
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