ART | EXPO

Inside India

21 Juin - 30 Sep 2008
Vernissage le 19 Juin 2008

Cinq artistes, tous sur le devant de la scène contemporaine, partagent un même regard critique sur une société indienne en proie à de violentes mutations, prise entre culture locale et globalisation, entre tradition et modernité.

Rina Banerjee, Hema Upadhyay, Subodh Gupta, Valay Shende et Barthi Kher     
Inside India

Cette jeune génération d’artistes pratique l’art à travers divers médiums: la peinture, la sculpture, la photographie, la vidéo, l’installation et la performance.

Ils partagent un regard critique sur la société indienne contemporaine qui, en proie à une globalisation et à une mutation sociale, se situe désormais au cœur d’un réseau de dialectiques opposant tradition et modernité. Ainsi, sera présentée entre autres l’immense maquette de bidonville « Dream a wish, wish a dream » (2006),  d’Hema Upadhyay.

Pour cette deuxième exposition dans l’Espace qui a été inauguré le 20 mars dernier, Claude Berri souhaite partager avec le public la richesse et la qualité des œuvres. Et surtout, présenter les principales thématiques qui traversent les préoccupations de ces jeunes artistes et la diversité de leurs moyens d’expression artistique.

Rina Banerjee

Les œuvres de Rina Banerjee interrogent l’identité diasporique en combinant des objets dits coloniaux, des souvenirs et de l’artisanat décoratif. L’antagonisme entre tradition et modernité, entre ses origines indiennes et sa culture d’adoption est mis en exergue.

Rina Banerjee puise son inspiration à la fois dans la société indienne traditionnelle et dans la culture pop occidentale. Ses œuvres aux couleurs acidulées et à l’apparence a priori ludique dévoilent une dimension politique voire engagée. Elle adopte ainsi un point de vue critique à l’égard d’une culture traditionnelle, aujourd’hui mise en péril par la mondialisation.

L’œuvre « With tinsel and teeth, gem and germ…  get back, get back to where you once belonged » (2005), est un lustre fantastique combinant divers matériaux. L’artiste illustre le paradoxe de la société indienne actuelle, à mi-chemin entre tradition et modernité et entre les principes ancestraux et la culture globale imposée par l’occident.

Rina Banerjee est née en 1963 à Calcutta, en Inde. Elle a vécu à Londres et dans le Queens. Et vit aujourd’hui à Brooklyn, New York. Elle devient ingénieur avant de se tourner vers les Arts Plastiques et obtenir le diplôme de Yale (Mfa).

Dès 2000, elle expose à l’échelle internationale à travers des expositions importantes: Whitney Biennial (2000), Massachusetts Museum of Contemporary Art (2003), Brooklyn Museum Of Art (2004), « Fatal Love »: South Asian American Art Now, The Asia Sociey and The Queens Museum of Art, New York (2005), Greater New York Show à PS1/MoMA, New York (2005). Une exposition personnelle a eu lieu au Tokyo Wonder Site en 2007.

Subodh Gupta

Figure emblématique de la jeune génération d’artistes indiens, Subodh Gupta articule son œuvre autour d’un réseau de dialectiques confrontant l’espace rural à l’espace urbain, la tradition à la modernité, la culture locale à la globalisation. Ses œuvres témoignent d’une société indienne en proie à une mutation violente et présentent les icônes de la culture indienne (la vache sacrée, les ustensiles de cuisine en inox, le scooter populaire…).

Il s’inspire du quotidien indien pour créer des œuvres à partir de multiples supports: peinture, sculpture, photographie, vidéo, installations, performance. Il joue d’antagonismes et décontextualise l’objet usuel en l’élevant au rang de l’art, au rang de signe voire de symbole. Par le recours aux ustensiles de cuisine en inox, l’artiste renvoie au Ready-made et évoque la dot symbolique qui légitime l’union maritale dans l’espace rural tout en soulignant leur valeur d’échange.

« Black Thing » (2007) est une accumulation de cimta – chapatti, pinces en inox permettant aux cuisiniers de castes inférieures de saisir le pain sans le toucher. De cette forme « méditative et florale » s’impose l’idée d’une sacralisation du bien de consommation porté sur un versant esthétique. La dimension critique de son œuvre paraît évidente.

Né en 1964 à Khagaul au Bihar, Subodh Gupta vit et travaille à New Delhi, en Inde. Il participe à de nombreuses manifestations internationales à New York, Mumbai, New Delhi, Londres, Paris et Berlin. Mais aussi, à plusieurs expositions collectives dont l’exposition inaugurale du Palais de Tokyo en 2002, à la  Biennale de Venise 2005, Indian Summer à l’Ecole Nationale Supérieure des Beaux-arts de Paris (2005), à la « Nuit Blanche » de 2006 à Paris, « Bombay Maximum Cit »y, lille3000 (2006), « Urban Manners, 15 Contemporary Artists from India », exposition organisée par Art for the World à Milan (2007-2008).

Subodh Gupta a également eu de nombreuses expositions personnelles dont « Still, steal, steel » à la galerie Jack Shainman à New York (2008), « Start. Stop. » au Bodhi Art Gallery à Mumbai (2007), « Silk Route » la même année au Newcastle Upon Tyne (curator: Jérome Sans), « I can’t translate Jootha » à la galerie In Situ à Paris (2005)…

Bharti Kher
Bharti Kher fait partie des artistes indiens qui retournent à la notion même de peinture. Ces nouvelles approches puisent leur inspiration dans la matérialité du quotidien indien. Travaillant sur la notion de média, son œuvre est constituée d’un large panel d’images et d’artefacts récupérés dans son environnement. L’artiste oscille entre ethnicité et identité, entre culture ancestrale et phénomènes de mode, entre localité et non-lieu.

Son œuvre révèle une recherche identitaire permanente. Tout en optant pour des thèmes issus de la culture indienne, l’artiste interroge les notions de classes sociales, de diaspora, de globalisation, de féminisme et de dualisme entre tradition et modernité.

Dans de nombreuses œuvres, elle utilise un outil visuel, le bindi, emblématique de l’antagonisme propre à la culture indienne contemporaine. Posé sur le front, il symbolise traditionnellement le statut marital en Inde, mais est désormais un accessoire décoratif, disponible en plusieurs couleurs et sous différentes formes. Ainsi, les rituels laissent place au consumérisme et l’affi rmation quotidienne du statut social de chacun est en prise à la production de masse.

Bharti Kher est née en 1969 à Londres. Formée à Londres et à Paris, elle vit et travaille à New Delhi en Inde depuis 1993. Représentée par plusieurs collections privées et publiques en Inde, aux Etats-Unis et en Europe, sa renommée s’étend aujourd’hui à l’échelle internationale. Elle participe à de multiples expositions collectives dont « New Delhi/ New Wave » (2007-2008) à la galerie Marella à Milan, « Urban Manners, 15 Contemporary Artists from India », exposition organisée par Art for the World à Milan (2007-2008), Milan, Indian Summer (2005) à l’Ecole Nationale Supérieure des Beaux-Arts à Paris, « Contemporary art from India » à la galerie Thomas Erben à New York (2004), « Vanitas Vanitatum » à Mumbai (2004)…

Valay Shende

Les installations de Valay Shende mêlent sculpture et vidéo pour recréer les expériences de la mégalopole de Mumbai, nom offi ciel de Bombay. À la fois poétique et politique, le ton employé par l’artiste est engagé à l’égard des mutations sociales et culturelles de la société indienne contemporaine.

En mettant en scène la vie citadine, les populations urbaines – des Intouchables (enfants des rues, prostituées…) aux castes supérieures – ses œuvres deviennent des métaphores d’une société indienne complexe et pleine de contradictions.

« Flower Child » (2006) évoque les enfants des rues de Mumbai. La robe faite de fausses pièces de monnaie étend l’environnement à l’infi ni par un effet de miroir. Selon l’artiste, « Flower Child » a pour sujet les enfants des rues qui vendent de petites choses aux automobilistes bombayites arrêtés à un feu. J’ai imaginé une vidéo pour accompagner cette sculpture que j’ai entièrement réalisée en fausses pièces de monnaie, pour montrer qu’ils n’ont aucune perspective d’avenir. Ils parviennent tout juste à survivre, mais c’est très dur pour eux ». (Extrait du catalogue de l’exposition « Bombay, » l’Album, « Maximum City » dans le cadre de lille3000, Paris, Editions Terrail, 2006, p. 86)

Valay Shende est né en 1980 à Nagpur, Maharashtra, en Inde. Il vit et travaille à Mumbai. Après avoir obtenu un diplôme d’enseignement en art, il étudie la sculpture et les beaux-arts. Dès 2002, il participe à des expositions et à des manifestations internationales comme la Biennale de Cuba à Havana (2003), »I love my India », Séoul (2003), « Move on India » (festival vidéo) en Corée du Sud (2003), « Indian vidéo art Japon » (2004), « Seni, Art & Contemporary, Singapore » (2004), « Bombay Maximum City », lille3000 (2006).
En 2006, il est invité en résidence au Point Éphémère à Paris dans le cadre du programme « Air, regards croisés entre l’Inde et la France ».

Hema Upadhyay
Le travail d’Hema Upadhyay est une chronique sur l’expérience individuelle ou collective de la migration. Elle s’intéresse à l’intimité du quotidien indien, à la féminité et à la sexualité tout en mettant en avant la fragilité de la société indienne.

Pour interroger la notion de « chez soi », évoquer la délocalisation et la violence de l’exil forcé, l’artiste a recours à la peinture, à la photographie et à l’installation. Sa démarche souligne le caractère multiculturel de la cité en représentant les bidonvilles, sorte de microcosmes sociétaux marginalisés par la modernisation.

« Mon travail ne parle pas de l’inégalité sociale mais plutôt de la coexistence de différentes classes. La ville attirait de nombreux commerçants, hommes d’affaires et migrants, et nombre d’entre eux s’y établissaient. L’affl ux de migrants a dépassé de très loin les capacités d’hébergement de la ville. Les gens ont commencé à occuper des taudis de fortune et même les trottoirs. Je m’intéresse à l’espace, au sens physique du terme.

Je visualise ce travail comme une installation audio-visuelle constituée de matériaux durables tels que des boîtes en bois ou en aluminium (utilisées pour conserver le grain), des tuyaux transparents, et des objets sculptés à la main, que j’ai trouvés et collectionnés. L1installation comporte également des portraits de certains des résidents de ces colonies.

On se retrouve nez à nez avec ces visuels et objets, qui entraînent le spectateur loin de son espace bien confortable. Cette œuvre tente de rendre hommage aux souhaits, aux aspirations et aux vies rêvées, non abouties de ces petites villes dans la ville. Ce qui m’intéresse, c’est la façon dont la ville est structurée, d’un côté, il y a la modernisation, de l’autre pas. » Hema Upadhyay (Extrait du catalogue de l’exposition Bombay, l’Album, Maximum City dans le cadre de lille3000, Paris, Editions Terrail, 2006, p. 100).

Hema Upadhyay est née en 1972 à Baroda, en Inde. Elle a étudié la peinture et les beaux-arts à l’Université de Baroda. Elle vit et travaille à Bombay.

En 2001, elle obtient une résidence à l’Art Space de Sydney, puis à Karachi en 2003. Elle reçoit le prix national de la Lalit Kala Akademi lors de la dixième triennale indienne à New Delhi (2001). Et participe à plusieurs expositions collectives dont « Indian Summer » à l’Ecole Nationale Supérieure des Beaux-arts de Paris (2005), « Bombay Maximum City » (2006) Lille, « Urban Manners, 15 Contemporary Artists from India », exposition organisée par Art for the World à Milan (2007-2008).

Vernissage le jeudi 19 juin à partir de 18h.