ART | CRITIQUE

Inherent discrepancy

PSophie Collombat
@12 Jan 2008

Dernière carte blanche offerte par l’équipe de Public (qui s’arrête en juin 2006) à un commissaire extérieur, le zurichois Daniel Kurjakovic, qui présente avec l’exposition Inherent discrepancy cinq artistes «engagées» sans en avoir l’air.

Évitant l’«iconographie sociopolitique conventionnelle et les symbolismes spectaculaires», les œuvres prennent comme base des formes et des expériences issues du quotidien. Leur contenu sociopolitique, qui ne semble pas évident à première vue, devra être décodé grâce à une observation et une lecture en filigrane.

Le dispositif de ces travaux révèle en effet beaucoup de subtilité, de fragilité, d’éphémère. Les matériaux présentés : le mobile en laiton de Bojan Sarcevic suspendu par des fils très fins, la frise en plastiques superposés de Jos Näpflin et le crayon sur papier de Vittorio Santoro, accrochés à même le mur, ainsi que les vidéos de Miri Segal et Ursula Sulser, sont autant de supports délicats, instables, immatériels, parfois insaisissables.

Ainsi, la structure très architecturale de Bojan Sarcevic flotte dans l’espace et fait exploser les notions d’intérieur et d’extérieur par sa forme très ouverte et transparente. Elle évoque aussi un squelette étrange ou une construction physique pour illustrer la structure moléculaire d’éléments complexes. De même, la frise en film plastique Systemoid: Atlantic Cycle, de Jos Näpflin, évoque la classification scientifique d’éléments naturels — comme nous l’indique le titre — mais également les schémas économiques des grandes entreprises.

La superposition, la permutation des sens est également très présente : les dessins de Vittorio Santoro regroupent, mélangent, superposent des mots — Calm, Indifference ; Coma, Death ; Ideologie, Hysterie ; Applause, Fear — qui ne sont ni synonymes ni antinomiques, mais dont la force évocatrice peut provoquer des chocs sémantiques et visuels, très contrastés.

Fortement contrastée est également la pièce Achilli d’Ursula Sulser, suspendue dans l’espace. Filmées sur l’île déserte de Skyros au nord d’Athènes, les images fortement solarisées évoquent des paysages mentaux, tour à tour méditerranéen ou enneigés, dans les cas aux conditions de vie et à la situation extrêmes.

En dernier lieu, la vidéo Downcast, Autumn Dale, de Mira Sega montre une rue animée de Tel-Aviv, entre documentaire et film fait à la dérobée.
Isolée dans une salle noire et projetée à l’envers, l’installation prend tout son sens lorsque l’on regarde au sol où se trouve une flaque, que l’on prend d’abord pour un dégât des eaux.

Cette exposition s’inscrit dans une problématique posée par le commissaire lors d’un colloque (30 novembre) intitulé «Art engagé?» : est-il encore possible de trouver une forme, un espace politique dans l’art, qui ne soit pas illustratif? — avec Chantal Pontbriand (Parachute), Ami Barak (Direction des affaires culturelles, Paris) et Giovanna Zapperi (historienne d’art, Paris).

Jos Näpflin
Systemoid : Atlantic Cycle, 1996/2005. Films plastiques superposés (transparent, argenté beige). Dimension variable

Vittorio Santoro
Untitled (Applause, Fear/November 2004), 2004. crayon sur papier. 29,5 x 42,5 cm
Untitled (Ideologie, Hysterie/November 2004), 2004. crayon sur papier. 29,5 x 42,5 cm
Untitled (American/European Banalities), 2005. crayon sur papier. 29,5 x 42,5 cm
Untitled (Wall, Porte/Mur, Door), 2005. crayon sur papier. 29,5 x 42,5 cm
Untitled (Coma, Death), 2005. crayon sur papier. 29,5 x 42,5 cm
Untitled (Calm, Indifference), 2005. crayon sur papier. 29,5 x 42,5 cm. 5 spots formant un cycle de lumière DMX, DXG programmation

Bojan Sarcevic
— You have nothing of me but a space where I would be, 2005. Sculpture mobile en laiton. 25 x 35 x 80 cm

Miri Segal
Downcast, Autumn Dale, 2004. Installation vidéo, couleur, son. Dimension variable. Durée 6’40

Ursula Sulser
Achilli, 2005. Installation vidéo en boucle, couleur, muet. Dimension variable. Durée 14’