ART | CRITIQUE

Indian Summer

PCaroline Pillet
@12 Oct 2005

Remarquablement pluridisciplinaire, «Indian Summer» rend compte de la vie politique, individuelle, sociale et artistique de la péninsule. Loin du kitsch et des paillettes de Boolywood, la confrontation entre tradition et modernité donne le ton.

L’exposition «Indian Summer» (ou Été indien) regroupe toute une génération de jeunes artistes originaires de différentes parties de l’Inde. Méconnu en France, l’art contemporain indien est ici présenté, non dans son exhaustivité, mais dans sa multiplicité, dans la variété des médiums utilisés : vidéos, performance, peinture, photo, sculptures, documentaire, etc.
Sans thème particulier, l’exposition est toutefois traversée par cet enjeu commun aux œuvres de rendre compte de la vie politique, individuelle, sociale et artistique de l’Inde. Tandis que la confrontation entre tradition et modernité donne le ton de cette exposition.

L’artiste Surekha traite de la condition de la femme dans un pays aux traditions si fortes. Dans sa vidéo, elle filme l’immersion d’une jeune fille dans un bain rempli de fleurs, un rite de fertilité. Elle raconte en voix-off ses propres souvenirs d’immersions obligatoires.
En parallèle, une vidéo de Subodh Gupta, Pure, montre un homme qui prend sa douche. Au fur et à mesure, de la boue le recouvre. Symbole de la purification, le bain de boue est ici confronté à la douche qui rend propre à défaut de rendre pur. Façon de mettre face à face une tradition ancestrale au monde contemporain.

Le foisonnement de la vie sociale indienne, déroutante pour les Occidentaux, est présent dans de nombreux travaux. Subodh Gupta en fait un élément central de son travail en filmant, dans I Go Home Every Day, la vie quotidienne des gens dans les trains, les gares, les marchés, etc.

La mondialisation qui, affecte directement la vie dans de nombreux pays non-occidentaux, est perceptible dans l’installation Global Clones de Sharmila Samant. Une paire de baskets Nike est posée sur un écran où défilent des paires de sandales traditionnelles de plusieurs parties de monde (Inde, Maghreb, Afrique, etc.) : dans un fondu enchaîné, les sandales avancent seules (sans pieds qui les chaussent). On ressent ici le caractère hégémonique et statique de la basket Nike, symbole du capitalisme occidental, tandis que les sandales se fondent dans un flux incessant qui perd… pied !

Sheba Chhachi photographie, quant à elle, les sâdhus, des femmes ascètes, dans sa série «Ganga’s Daubeurs Meeting With Women Ascetics» : photos proches du documentaire pour rendre compte d’une réalité peu connue.

La série de montages photographiques «Hybrid» de Bharti Kher présente des êtres hybrides qu’elle conçoit en combinant symboles et images de la vie domestique : une femme enceinte au visage masqué par un casque de moto porte dans ses bras un bébé bleu aux ailes de chauve-souris avec, à ses pieds, un aspirateur-chien. Le mélange des genres rappele certaines images de Matthew Barney.

L’exposition cherche manifestement à détacher la jeune création contemporaine indienne de la référence occidentale saturée par le kitsch et des paillettes de Boolywood. Mais le caractère panoramique de l’exposition laisse à chaque artiste une place trop mince. Peut-être faudrait-il, pour les artistes des pays non-occidentaux passer d’une approche moins par nationalité que par leur art…