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PMaxime Thieffine
@12 Jan 2008

Michel Verjux a envisagé l’espace de la galerie Jean Brolly comme une lentille grossissante, une manière de scruter au plus près sa grammaire artistique : l’éclairage par projecteurs à découpes. Il y expose la lumière blanche projetée et découpée selon la géométrie et le contexte de la galerie.

Voir des oeuvres de Michel Verjux en galerie est une façon de ralentir le regard par rapport aux mises en scène et mises en contexte particulières des foires et musées où l’on a pu voir récemment son travail (Force de l’art, FIAC, MAC/Val). L’architecture réduite et simplifiée de la Galerie Jean Brolly permet de voir au plus près les ingrédients de l’écriture poétique de l’artiste. L’exposition déplace le regard sur le grain, le prisme et l’installation de la lumière alors qu’habituellement notre regard est porté sur le surgissement de ses éclairages au fil d’un parcours dans l’architecture. Souvent suspendues au dessus de nos têtes, dissimulées ou éloignés, les sources, ces fameux projecteurs à découpes sont cette fois-ci bien visibles et sensibles.

Ces machines métalliques électriques fonctionnent, par leur poids et leur technologies, comme de parfaits contrepoints à l’immatérialité (relative) de la lumière et à leur agencement minutieux in situ. Leur perfection formelle et leur puissance en ferait presque oublier les projections lumineuses, au nombre de quatre dans l’exposition et construites sur un principe de couples opposés et asymétriques. Une double poursuite croisée, sur le modèle de l’éclairage de façades architecturales, dessine un cône sectionné dans sa longueur par un même mur et ses dénivelés. Perpendiculairement à ce mur, un demi-cercle lumineux calé entre sol et plafond fait face à son double. Les différences entre les deux proviennent de l’articulation précise entre les réglages du prisme lumineux (ouverture, cadrages, distance) et les mesures de l’espace. La simplicité du dispositif et de la forme pousse le spectateur à considérer le travail de mise en place. Nous rappelant que ces données physiques, familières aux géomètres et chef opérateurs, sont ici sources d’écriture. Cette pensée géométrique et construite de l’espace rappellera bien sûr les pratiques de Daniel Buren, de Felice Varini ou même d’Anthony McCall.

Dans l’espace adjacent de la galerie, les projecteurs sont installées comme des sculptures ready-made sous cubes de verre. Un noir fixé à l’horizontale projette un carré de lumière à plusieurs mètres de distances. Un blanc à la verticale projette un carré au plafond. La visibilité de ses machines possède des vertus pédagogiques : voir l’objet source permet de comprendre comment la forme lumineuses est produite, à la fois par des lentilles (servant a régler la focale et l’envergure de la forme lumineuse projetée) ainsi que par les couteaux qui découpent le prisme lumineux et corrigent son faisceau en formes géométriques parfaites.

L’exposition en galerie iconise fortement ces compositions blanches. Le contexte de la galerie Jean Brolly ramène immédiatement ces pièces dans le champ du monochrome. Les effets du prisme lumineux sur les bords de sa projection (deux lignes bleues au mauves) ressemblent d’ailleurs beaucoup aux peintures de Jo Baer, peintre américaine qui réalisa des toiles blanches uniquement colorées par de fines bandes longeant les 4 cotés de la toile.

Michel Verjux croise donc sa démarche d’indexation de l’espace (cf. les titres auto-descriptifs) et d’une situation d’exposition, dans la tradition minimaliste et conceptuelle avec une analyse de la visibilité à l’ère du spectacle, du son et lumière culturel et de l’urbanisme commercial.

Michel Verjux
Double projection dos à dos, mi-rasante mi-frontale (sources au sol), 2007, projecteur à découpe.
Découpe au plafond, en douche (source sur socle et sous cloche), 2007, projecteur à découpe sur socle et sous cloche de verre.
Découpe au mur, frontale (source sur socle et sous cloche), 2007, projecteur à découpe sur socle et sous cloche de verre.

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