DANSE | SPECTACLE

Frozen Songs

12 Juin - 14 Juin 2019

Pièce pour sept danseurs, Frozen Songs, de la chorégraphe norvégienne Ina Christel Johannessen, joue sur les atmosphères. Conjuguant danse, vidéo, film, création sonore, chant et design d'espace, Frozen Songs embarque ses publics au Svalbard. Là où sommeillent des graines du monde entier.

À l’heure où quelques-uns des hommes d’État les plus puissants du monde s’amusent à répéter que le changement climatique n’est qu’un point de détail, sinon une fabulation, Frozen Songs propose une autre dynamique culturelle. Spectacle de danse contemporaine chorégraphié par la norvégienne Ina Christel Johannessen (Cie zero visibility corp.), Frozen Songs (2017) prend les traits d’une pièce multimédia. Création sensorielle et physique, Frozen Songs mobilise danse, chant, vidéo, ambient électro, voix et scénographie à la lisière de l’installation. Jouant sur les atmosphères et les rythmes, Ina Christel Johannessen attire notamment l’attention sur un lieu très singulier : la réserve mondiale de semences du Svalbard [Svalbard globale frøhvelv]. Soit une réserve de graines créée en 2008 pour garder un échantillon de toutes les variétés végétales vivrières terrestres (avec environ neuf-cent-mille graines, à ce jour). Pièce magnétique et expressive, Frozen Songs met ainsi des images et des sensations sur le sentiment rationnel d’urgence écologique.

Frozen Songs d’Ina Christel Johannessen : embarquement immédiat pour le Svalbard

Située dans l’archipel du Svalbard, au-delà du cercle polaire arctique, la réserve de graines évoque quelque chose d’ambivalent. D’un côté elle reflète la peur de voir s’effondrer brutalement la diversité génétique du vivant. De l’autre elle représente l’incroyable fécondité du biologique. Frozen Songs n’est pas une célébration romantique du sublime polaire. Ce n’est pas non plus un film catastrophe, ou post-apocalyptique, sur la nécessité de réagir. En l’état, Frozen Songs agit plutôt comme un point de ralliement. Une pièce profondément rythmée, où s’expriment des aspects fondamentaux du vivant (humain, ou non). Le souffle, le désir de survie, les pulsions grégaires, tout comme les moments de doute, de repli… Scandinave dans sa sobriété, la scénographie (Graa Hverdag et Kristin Torp) répond au travail vidéo du duo sino-hongkongais Sifenlv New Media (Lin Zhang et Feng Jiangzhou). Sur une musique électro pulsée, composée par Stray Dogs (Koenraad Ecker et Frederik Meulyzer).

Entre survie de l’espèce et fécondité du biologique : une pièce expressive et physique

Sur scène, les atmosphères s’enchaînent. Des éclairs lèchent le sol, où une mousse de plastique blanc évoque tour à tour pollution, nuages, banquise, écume. Entre déchaînements et apaisements, les corps se portent, tâtonnent, se réunissent, se dispersent. Tantôt primitifs, aux aguets ; tantôt maîtres de leurs pulsions et inquiétudes. Sensoriel, Frozen Songs passe notamment par les sensations pour restituer quelque chose de ce que représente cette réserve mondiale de semences. Un lieu où Ina Christel Johannessen a effectué un séjour de recherche en 2015. Et aux vidéos proches du V-Jaying de Sifenlv New Media se mêle ainsi le film de Yaniv Cohen, réalisé à cette occasion. Soit une incursion physique dans des réserves où sont conservés ces biens (communs) d’une valeur inestimable. Chorégraphe aguerrie, depuis 1992 Ina Christel Johannessen a également créé quatorze pièces pour la compagnie Carte Blanche (actuellement à Paris avec Soufflette).

Pièce contagieuse, Frozen Songs est à découvrir en première française sur la scène de Chaillot – Théâtre national de la Danse.