ART | CRITIQUE

Im Zimmer

PLéa Bismuth
@10 Juin 2008

Cette exposition de Jörg Lozek — figure de proue de la jeune scène allemande — est un voyage autour de la chambre, une embarquée dans un monde de solitude, de torpeur et d’attente…

La chambre est un lieu hautement fictionnel, un lieu où des choses arrivent, où les rêves et la réalité se rencontrent, un lieu à part dans une maison, un lieu de réclusion tout aussi bien qu’un lieu d’amour.

La chambre est aussi un motif pictural, souvent associé à l’idée d’autoportrait: quel artiste ne s’et pas dit qu’il pouvait peindre ce qu’il avait sous les yeux, son visage dans un miroir ou encore les quatre murs de sa chambre ?
Comment ne pas penser à Van Gogh et à sa chambre d’Arles : un lit, deux chaises, quelques tableaux et un plancher qui flanche… Comment ne pas penser au mythe romantique du «voyage autour de la chambre», voyage onirique uniquement centré sur l’ouverture à une perception subjective?

En visitant cette exposition, on pense à tout cela à la fois puisqu’elle se compose de douze peintures, de douze variations sur le thème de la chambre. Un même personnage est mis en scène dans chaque toile.
C’est un jeune homme brun et un peu malingre qui joue les rôles que l’artiste lui a attribués : il joue l’ennui, la lassitude ou la torpeur ; il joue à dormir ; il joue à la dépression ; il joue à la solitude… Si l’on peut dire que ce personnage joue un rôle, c’est que son environnement nous y invite.

En effet, le motif de la chambre est sans doute à concevoir comme un décor, le décor d’un drame imaginaire et sans parole. Il faut accorder une attention toute particulière au papier peint souvent déchiré, au parquet, aux tentures et tissus, sans oublier les fuites du plafond. C’est le décor qui crée ici la narration muette d’un théâtre mental.

La technique utilisée contribue à faire penser à un décor de théâtre : entre peinture et dessin, l’artiste cherche un équilibre fragile entre la bande dessinée, le story board de cinéma et la photographie.

Les douze toiles forment une séquence d’un drame qui n’explosera pas. Cependant, à voir ces chambres sans fenêtre — elles sont soit occultées par des tissus, soit inexistantes —, on se dit qu’il y a là, en filigrane, une histoire d’enferment ou de prison domestique…

Jörg Lozek
Der Schlafende, 2008. Huile sur toile. 210 x 270 cm
Das Buch (le bonheur), 2008. Huile sur toile. 200 x 160 cm
Keller, 2008. Huile sur toile. 220 x 290 cm
Wenn ales sich dreh. Huile sur toile. 230 x 308 cm
Das Warten 3 (Im Zimmer), 2008. Huile sur toile. 230 x 300 cm
Ort, 2008. Huile sur toile. 150 x 190 cm
Im Zimmer 2, 2008. Huile sur toile. 230 x 300 cm
Die lange Nacht, 2008. Huile sur toile. 170 x 180 cm
Trinker, 2008. Huile sur toile. 160 x 200 cm