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Ils pensent déjà que je suis folle

30 Avr - 11 Mai 2014
Vernissage le 30 Avr 2014

Pour cette immersion dans l’univers du PMU, la photographe canadienne s’est détournée du spectacle des champs de courses où se concentre habituellement toute l’attention. Elle s’est plutôt infiltrée dans les coulisses: leur décor sans qualité est plus propice à l’improbable et les objets, plantes vertes, accoudoirs, jumelles, ... y ont pris le pouvoir.

Kourtney Roy
Ils pensent déjà que je suis folle
Exposition de la carte blanche PMU. Le Bal 2013

Il y a dans le regard de Kourtney Roy un humour glacé où l’ordinaire et le grotesque se mêlent à parts égales sans qu’on puisse discerner qui des deux mène la danse. Une danse troublante tant elle nous emporte dans un univers a priori narcissique qui tend pourtant vers l’anonyme.

Née en 1981 — d’un père bûcheron et d’une mère secrétaire—, Kourtney Roy a grandi dans la démesure et la solitude des immensités enneigées du Canada. Des paysages sublimes mais menaçants où, enfant, il est facile de se perdre. Après des études aux Beaux-Arts de Vancouver où elle se rêve peintre, elle découvre la photographie qui «par son potentiel fantastique, suggérait une réalité plus trouble, derrière la façade lisse des apparences.» Touchée par le génie morbide de Joël-Peter Witkin, ses premières séries représentent des animaux sauvages trouvés morts dans la nature ou empaillés par l’homme.

Son apprentissage de la photographie de mode, sur les traces d’un Guy Bourdin et de ses mises en scène obsessionnelles et fantasmagoriques, lui ouvre un champ illimité. Autoportrait, autofiction, Kourtney Roy devient le personnage unique d’un théâtre intérieur et de ses sortilèges. Son corps, artificiellement placé dans un décor naturel, se prêtera à toutes les énigmes, à mille et une vies travesties, falsifiées. «Je est un autre», tous les autres. Laura Palmer déclinée à l’infini.

Pour cette immersion dans l’univers du PMU, Kourtney Roy s’est imprégnée des mots de Charles Bukowski et de son obsession des champs de courses. Se détournant du spectacle où se concentre toute l’attention, elle infiltre plutôt les coulisses. Leur décor sans qualité est plus propice à l’improbable. Son corps s’incruste ainsi dans un univers où chaque chose peut être autre chose et n’importe qui quelqu’un d’autre. Où les objets, plantes vertes, accoudoirs, jumelles, … ont pris le pouvoir. Ils dominent la scène, tour à tour menaçants, envahissants, trop brillants ou trop muets.

Dans ses photographies, Kourtney Roy semble présente au monde mais absente à elle-même. Le pourquoi de ces postures incongrues, de ces regards vides est ailleurs, hors champs, nous laissant aux prises avec une violence silencieuse et cachée. Car ce corps-objet semble le plus souvent éteint, débranché, englouti, avalé. Impeccablement sculpté, il tend pourtant vers le camouflage, la soustraction, le retranchement, orchestrant scrupuleusement sa propre disparition.

Quand on demande à Kourtney Roy si ses personnages lui ressemblent, elle répond: «ils sont devenus «moi» et moi je suis devenue «eux».»

Diane Dufour, Directrice du Bal

Vernissage
Mercredi 30 avril 2014