PHOTO

Ichlinge + Dulinge. Moimêmettes + toimêmettes

PMarguerite Pilven
@12 Jan 2008

Première surprise de l’exposition du peintre allemand Bernhard Martin : on y trouve également des sculptures. Formes mutantes, autels ésotériques décrivent un univers étrange entre mythologie et science-fiction.

Première surprise de l’exposition du peintre allemand Bernhard Martin, on y trouve également un ensemble de sculptures. Le passage à un autre medium n’est pas si étonnant de la part de cet artiste qui s’approprie depuis plusieurs années une multitude de modes de représentation pour mieux s’affranchir des frontières entre les genres. On devine, en regardant ces travaux que toute idée de limitation ou de spécialisation est contraire à sa manière de procéder.

Le jeu d’opposition entre naturel et artificiel pourrait fournir une clé de compréhension de la logique régissant cet univers étrange si ce principe de contradiction n’était lui-même débordé. Par un recours à des effets kitsch et trompe l’œil, Martin mélange leurs propriétés respectives et cet entre-deux hybride brouille nos repères esthétiques. Il y a quelque de chose de baroque dans cette manière de se jouer des apparences, de perdre notre regard dans les plis et cavités de la matière. Un visage apparaît dans une sculpture, à demi noyé dans un champignon. Ailleurs, une tour craque, dévastée de l’intérieur par un liquide visqueux. Des formes mutantes la prennent également d’assaut à son sommet. Les éléments iconographiques immédiatement identifiables semblent toujours menacés d’engloutissement ou d’évidement. On est au seuil de leur disparition totale dans la matière.

Contrastant fortement avec ces sculptures, des travaux de dimension plus imposante évoquent des autels dressés pour quelque culte ésotérique. Le choix de matières transparentes et réfléchissantes comme le verre ou le plexiglas donne une tonalité futuriste à ces assemblages et l’emploi de formes aussi connotées que la boule de verre ou la pyramide renvoient aux fantasmes de pouvoir et d’immortalité.

Les peintures et tableaux reliefs en céramique explorent des espaces indéterminés, suggérant voyages intérieurs psychédéliques et dérives infinies dans des espaces dilatés. Mythologie, ésotérisme et science-fiction se mélangent dans cet univers que Martin adresse avant tout à notre aptitude imaginative.

Bernhard Martin
— Bernhard Martin, Ohne Titel S 7.10 (drawing 14), 2005. Technique mixte sur papier. 30 x 21 cm.
— Bernhard Martin, Pas d’Accord, 2005. Acrylique et peinture sur contr-plaqué. 95 x 80 cm.
— Bernhard Martin, Betören, 2005. Acrylique et peinture sur contr-plaqué. 75 x 65 cm.
— Bernhard Martin, Beschwerde, 2005. Huile sur contre-plaqué. 95 x 80 cm.
— Bernhard Martin, O.T. 1, 2005. Acrylique et peinture sur contre-plaqué. 280 x 230 cm.
— Bernhard Martin, O.T. 2, 2005. Acrylique et peinture sur contre-plaqué. 280 x 230 cm.
— Bernhard Martin, Schlagader, 2005. Acrylique et peinture sur contre-plaqué. 280 x 230 cm.
— Bernhard Martin, Yves, 2005. Béton, bronze et laque. 250 x 110 x 90 cm.
— Bernhard Martin, Dark Room, 2005. Bois, racine, marbre vert, gris et noir, granite, diamants et pierres semi-précieuses, bronze poli et laqué, aluminum; miroir, verre tiffany. 400 x 380 x 420 cm.
— Bernhard Martin, Jammerlappen, 2005. Bronze partiellement poli, béton. 200 x 55 x 55 cm.
— Bernhard Martin, Atmosphährte, 2005. Bronze, bois, granit noir, Plexiglas, citrine, amethyste et lumière. 200 x 100 x 200 cm.
— Bernhard Martin, Nahe den Kröten, 2005. Aluminium, Plexiglas, acier, fer, céramique, verre Tiffany, pierre klinker, verre et branches. 300 x 320 x 280 cm.
— Bernhard Martin, Austern Konference (ceramic 7), 2005. Céramique. 39 x 29 cm.