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Ice

Antoine D’Agata documente ce qu’il vit au moment où il le vit, c’est-à-dire partout dans le monde. Il pose sur le papier des expériences ordinaires ou extrêmes. Ice est conçu comme un journal intime de 1999 à aujourd’hui, entre clichés, consommations de drogues et actes sexuels.

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Communiqué
Antoine d’Agata
Ice

Couvrant le travail du photographe Antoine d’Agata durant ces cinq dernières années, Ice combine image et écriture dans une tentative avortée de restituer l’expérience de l’oubli. Arrivé au Cambodge en décembre 2007, A. — le double du photographe — entame une relation avec Ka, prostituée et dealeuse d’origine vietnamienne. Il s’installe avec elle dans un appartement crasseux à Phnom Penh en janvier 2008. C’est le début d’une longue absence. L’addiction aux méthamphétamines prend le pas sur la photographie. Les limites entre réalité et fiction se brouillent. Au dire d’Antoine d’Agata: «la vie est trop dense», et toute trace de mémoire s’efface dans le gouffre narcotique.

Il s’agit, en effet de se guérir de soi à travers l’autre, à travers l’institution d’une communauté passionnelle: «dans le cercle fermé de la pauvreté, l’addiction chimique se répand, et impose doucement l’évidence d’une dégénérescence nécessaire, d’un ordre social nouveau qui serait l’orgie. Présence tentaculaire de la maladie dans les espaces et les corps que je traverse, qui me traversent. L’odeur de la mort imprègne nos rêves et nos étreintes. Les prostituées souillées par le virus s’offrent à la mort, comme elles se livrent au monde qui défile en elles.» Ainsi les corps se touchent, se heurtent, s’absorbent, se ravalent dans les images; les noms des femmes — Ka, Srei Lea, Avi, Lili, Bopha — se fondent dans l’écriture en une seule «fille sans nom». Le miroir des apparences est brisé, la réalité est crue. Mais il n’y a rien de gratuit chez d’Agata: en dernier lieu, c’est notre monde et son inhumanité qui est dénoncé. L’horreur qui transparaît au fil des pages n’est pas tant le «voyage au bout de la nuit» d’un photographe que le non-dit, la crasse et violente hypocrisie d’un système qui broie la chair de ceux à qui l’on a refusé la parole.