ART | EXPO

I should learn to look at an empty sky and feel its total dark sublime

26 Jan - 10 Mar 2012
Vernissage le 26 Jan 2012

Le titre énigmatique de cette exposition se réfère à une phrase du poète Wystan Hugh Auden, dont les écrits auront profondément influencé le peintre Ad Reinhardt pour exprimer sa démarche artistique. S'inspirant de cette phrase et de sa postérité, les artistes de cette exposition présentent différentes approches conceptuelles de l'art abstrait contemporain.

Marc BIJL Pierre BISMUTH, Benjamin BRONNI, Étienne CHAMBAUD, Cyprien GAILLARD, Julio LE PARC, Nico VASCELLARI
I should learn to look at an empty sky and feel its total dark sublime

Marc Bijl questionne les symboles du pouvoir, aussi bien que ceux de la contestation pour en démonter les mécanismes et les enjeux, et ainsi mieux les confronter. Il présente ici deux œuvres qui tendent vers une esthétique abstraite et minimale, références directes aux icônes de l’histoire de l’art moderne, tels que Mark Rothko ou Kasimir Malevitch.

Pierre Bismuth utilise la pratique artistique comme moyen d’examiner notre perception de la réalité, notamment dans notre relation aux productions culturelles. Son travail tente avec humour et un minimum de moyens de déstabiliser les codes de lecture afin de redonner au spectateur une position incrédule même à l’égard des éléments de notre culture les plus acquis. Sa démarche se développe autour de l’idée que c’est en manipulant simplement la définition communément donnée aux choses que l’on en change la perception.

À travers ses dessins, peintures et sculptures, qui sont toujours mis en scène sous la forme d’installations, Benjamin Bronni interroge l’espace. Il réalise des constructions surdimensionnées, telle que Untitled (Kugel und Scheibe, 2011), qui semble tenir sur un point d’équilibre fragile, et dont le motif géométrique et les couleurs changent selon la position du spectateur dans l’espace. La précision mathématique de ces œuvres plonge ainsi le spectateur dans un espace irréel.

Étienne Chambaud mène une réflexion sur la nature de l’œuvre d’art et sur les relations qu’elle entretient avec d’autres œuvres. Il s’interroge également sur les contextes et les raisons de l’apparition des objets, et sur la manière dont les on utilise et les charge de sens. Le Troupeau du Dehors / The Outside Herd (Décor) est un fac-similé du monolithe noir figurant dans 2001: l’odyssée de l’espace de Stanley Kubrick, et qu’Etienne Chambaud avait placé dans «L’arène des macaques» du zoo de Mulhouse. Il s’agissait de reproduire les conditions de la scène primitive de la fiction dans la réalité: la rencontre des macaques et du monolithe était filmée et retransmise en direct. Selon une certaine logique skoreckienne, le post-cinéma trouvait ici sa résolution dans la télé-réalité. Et la tentative de rencontre se concluait par un constat de non-lieu dont le caractère déceptif avait valeur de métaphore quant aux réquisits de l’expérience de l’art.

Entre iconoclasme et esthétique minimale, romantisme et Land Art, le travail de Cyprien Gaillard interroge la trace de l’homme dans la nature et face au passage du temps. La série Fields of Rest, dont le titre fait référence aux fosses communes pendant la Révolution Française, rassemble des images prises par Cyprien Gaillard lors de ces nombreux voyages à travers le monde. Fields of Rest, 2011, présentée dans cette exposition, représente des tranches de plaques de marbre empilées et bombées à la peinture. Le cadre resserré sur le sujet rend l’image complètement abstraite.

Révélé dans les années 1960, notamment au sein du Groupe de recherche d’art visuel dit GRAV (1960-1968), Julio Le Parc est un artiste argentin dont l’œuvre a initié nombre de modalités esthétiques contemporaines. Avec François Morellet, il est considéré comme l’un des acteurs décisifs de l’art optique et cinétique, plus connu sous l’appellation de «op art», un courant international qui multiplie de 1950 à 1975 les recherches sur le mouvement et ses effets visuels. Fondé sur le trouble perceptif, la dématérialisation, la réduction formelle et l’étude du phénomène lumineux, le répertoire plastique de Julio Le Parc se décline en autant de peintures, mobiles, reliefs et environnements qui s’appliquent à pervertir le régime scopique traditionnel de l’art, en perturbant jusqu’au vertige les conditions d’observation du spectateur.

L’anthropologie culturelle est le fil conducteur des installations excentriques de Nico Vascellari, installations combinant performances et éléments sculpturaux avec des dessins, des collages, des vidéos, et des extravagances sonores. Bus de la Lum (qui signifie littéralement dans le dialecte du nord de l’Italie «puits de lumière») est le nom de la large cavité naturelle située au cœur de la forêt de Cansiglio, qui se trouve à proximité de l’atelier de Nico Vascellari. Le lieu était d’après la légende, hanté par des sorcières les nuits sans lune, et les hommes et les animaux qui osaient s’y aventurer y étaient oubliés ou détruits entre le miasme, la mousse et les rochers. Durant la Seconde Guerre Mondiale, Bus de la Lum est devenu un lieu sombrement mythique. Des centaines de personnes non identifiées, parfois encore vivantes, étaient jetées dans cette cavité, les mains attachées dans le dos. Les deux œuvres éponymes présentées ici, Bus de la Lum, 2011, jeux de transparence et de couleurs rappelant les sédiments minéraux, retranscrivent cette descente mortelle.

critique

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