ART | EXPO

Hustling

17 Oct - 05 Déc 2015
Vernissage le 17 Oct 2015

Parti aux Etats-Unis pour une résidence avec le projet de faire cohabiter deux mondes totalement distincts, Mohamed Bourouissa s’est retrouvé dans un espace de confusion qui l’a contraint à repenser la nature même de son projet. Il présente ici ce travail visant à associer des riders à des artistes pour un concours fictif.

Mohamed Bourouissa
Hustling

Dans sa pièce, Dans la solitude des champs de coton, Bernard-Marie Koltès met en scène un deal en tant que «transaction commerciale portant sur des valeurs prohibées ou strictement contrôlées, et qui se conclut, dans des espaces neutres, indéfinis, et non prévus à cet usage». Le deal, ainsi défini, évoque à Mohamed Bourouissa, tout ce qui sous-tend un projet artistique. Entre celui qui le conçoit (le vendeur) et celui qui sensé l’accueillir ou le financer (l’acheteur ou client). Survient une négociation dont aucun des protagonistes ne maîtrise totalement la nature.

Contrairement à une marchandise calibrée, répertoriée, identifiée, l’œuvre d’art se situe dans un flou qui est dû à la nature de la marchandise échangée. De cela, Mohamed Bourouissa est sans doute conscient lorsqu’il s’embarque dans une résidence aux Etats-Unis, avec le projet de faire cohabiter deux mondes totalement distincts, voire contradictoires.

La démarche ne manque pas d’une certaine utopie humaniste. Mais il est une chose que de concevoir quelque chose à Paris, dans la logique d’un monde que l’on maîtrise et cela en est une autre que de multiplier les obstacles en initiant une démarche qui va impliquer, sur un territoire inconnu, des inconnus. Le travail de l’artiste est de tirer du malentendu le meilleur possible, en acceptant «de se dévoiler tout entier afin de forcer le mystère à se dévoiler à son tour» en jouant à «qui-perd-gagne».

Mohamed Bourouissa s’est retrouvé dans un espace de confusion qui l’a contraint à repenser la nature même du projet qu’il envisageait de mettre en place. Confronté à l’américain parlé par les communautés noires, la langue, pour l’artiste, se met à agir comme métaphore du déplacement et de l’hétéropie: comment parvenir au résultat escompté dans une négociation dont on ne maîtrise pas tous les paramètres?

Ce désir d’associer des riders à des artistes pour un concours fictif met en scène des rapports de force riches d’enseignement. Il y a là une double mise en abyme dans laquelle la fiction et la prétendue réalité se mêlent pour ne plus former qu’un tableau flou, comme un diptyque qui raconterait une histoire qui semble contenir en elle-même sa propre contradiction. Cette dichotomie est due à la distance qui existe entre celui qui regarde (l’artiste) et ceux qui sont regardés (les riders), sans que jamais aucun jugement ne soit émis: l’hétérologie est «un art de jouer sur deux places» qui aménage une scène réversible où le dernier mot n’appartient pas nécessairement au sujet premier du discours et où la critique n’épargne pas l’énonciateur, lui-même atteint par ricochet. Lieu d’expérimentation, l’hétérologie assume le risque d’une parole en liberté et constitue un magnifique instrument pour tenter «d’évaluer dans un lieu ce qui manque dans l’autre», selon les mots de François Jullien. (Michel Foucault, Des espaces autres (1967), in Dits et écrits, tome IV, Paris, Gallimard, 1984). Et c’est exactement à cet exercice que Mohamed Bourouissa s’attelle.

Vernissage
Samedi 17 octobre 2015