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Hors d’œuvre

PNicolas Bauche
@12 Jan 2008

Philippe Mayaux donne un sens nouveau à la beauté intérieure: ses Hors d’œuvre découpent la chair humaine à vif, associant les organes féminins et masculins dans des compositions culinaires délectables.

Dans leurs rêves les plus fous, même les chirurgiens jumeaux de Faux Semblants, de David Cronenberg n’auraient espéré atteindre un tel degré d’inédit organique. Reclus aux yeux de tous, le foie, le cœur ou la rate palpitent d’une vie dont la beauté mérite pourtant le coup d’œil. Au fonctionnel, le réalisateur canadien préférait déjà l’esthétique. Vingt ans après les délires du duo de carabins, Philippe Mayaux donne un sens nouveau à la beauté intérieure. Ses Hors d’œuvre découpent la chair humaine à vif, associant les organes féminins et masculins dans des compositions culinaires délectables.

On en mangerait des yeux si le dégoût de l’anthropophagie ne nous amenait à considérer tout autrement cette cuisine érotique et plastique. Les morceaux choisis —prépuces et petites lèvres de préférence— se découpent sur un fond rose bonbon. Tendre et cruel, Philippe Mayaux fige ses compositions charnues dans des moulages de plâtre et de silicone.
Tout l’art culinaire est là, servi dans une porcelaine immaculée: le cuit et le cru, les mélanges de texture —le croquant des aspérités de la moelle humaine—, les dégradés de couleurs du rose au rouge, avec en touche finale un nappage de sauce.

De l’aveu même du plasticien, cette dissection trouve son origine dans une phrase de Nietzsche qui dit à peu près ceci: «Si tu pensais aux tripes de ta femme, continuerais-tu à l’aimer?», questionne Philippe Mayaux.

La série «Savoureux d’elle» (2006) met donc l’amour à l’épreuve des viscères. Une déclaration passionnée à l’être aimé mais aussi une tentative de réinventer le corps. A ce titre, Mayaux agit en aristotélicien malicieux, appliquant à l’art les réflexions du De anima (notamment) sur les puissances de l’imagination. Le philosophe, qui ne rechignait pas à l’anatomie, s’y interrogeait sur la capacité de notre esprit à créer de toutes pièces des chimères.

Philippe Mayaux franchit une étape en donnant aux siennes l’objectivité de la photographie. Sur fond blanc, il immortalise des espèces que l’on peine à classer dans le règne animal ou végétal. What ? (2006) est une entité difficilement reconnaissable: une grosse fleur rose en guise de tête, une proéminence animale —des nageoires de phoques sur un abdomen arachnéen—, et de longs cheveux platine.

A un moment où la dissection confine au scandale —l’exposition itinérante exhibant à New York des écorchés abreuve le commerce de cadavres—, Philippe Mayaux éventre le corps pour en extirper un art vital.

Philippe Mayaux :
Série «Savoureux de toi», 2006. Résine acrylique peinte, porcelaine et inox.
Minotaure, série «Chimère», 2006. Cibachrome. 75 X 100 cm.
Zootoutou (pas gentil), série «Chimère», 2006. Cibachrome. 75 X 100 cm.
Focbite, série «Chimère», 2006. Cibachrome. 75 X 100 cm.
T’as du feu ?, série «Chimère», 2006. Cibachrome. 75 X 100 cm.
Zootoutou (gentil), série «Chimère», 2006. Cibachrome. 75 X 100 cm.
Vie à vis à vice, série «Chimère», 2006. Cibachrome. 75 X 100 cm.
Pas sirène que ça !, série «Chimère», 2006. Cibachrome. 75 X 100 cm.
Chat à 9 queues, série «Chimère», 2006. Cibachrome. 75 X 100 cm.