ART | EXPO

Homo Faber

13 Mai - 23 Juil 2016
Vernissage le 14 Mai 2016

Luca Vitone, poursuivant sa réflexion sur la mémoire des lieux, présente à la Galerie Michel Rein une nouvelle série de «tableaux de poussière» qui sont cette fois des évocations de sa vie personnelle. Devant ces œuvres se pose la question des traces que laissent les vies et les choses dans les lieux qu’elles traversent.

Luca Vitone
Homo Faber

De larges tableaux de poussière fixés sur du papier garnissent les murs et, posées çà et là, des ensembles de pelles et balayettes sculptées dans du bronze patiné et teinté d’ocre, de vert ou de bordeaux, sobrement réalistes, ponctuent le sol. Au-delà de l’impression de vide qui s’impose, c’est une multitude de lieux différents qui sont exposés à la vue du visiteur à travers ces aplats de poussière.

Entamée au milieu des années 80, la démarche artistique de Luca Vitone est entièrement consacrée à une réflexion sur la mémoire et l’identité des lieux. Il fait de la poussière le vecteur par lequel il s’interroge et nous interroge sur les traces que laissent les vies humaines et les objets dans un espace. A travers elle également, il met en perspective la façon dont les différentes formes de productions culturelles tentent de fixer l’identité des lieux.

A travers ces particules aériennes apparemment indifférenciées, neutres, fadement grises, c’est une multitude de questions qui surgit: reste-t-il en elles une marque des vies, des échanges, des objets qu’ont abrités un lieu? Une marque du lieu lui-même, de son identité? Que laisse derrière elle une présence humaine dans un endroit donné?

Après une série pour laquelle il avait laissé aux lieux eux-mêmes le soin de réaliser leur autoportrait de poussière, en y installant des toiles non traitées sur lesquelles la saleté naturelle s’était déposée, et après Imperium qui visitait les lieux de pouvoir, l’exposition «Homo Faber» est l’occasion pour Luca Vitone de revenir dans des lieux familiers qui ont jalonné sa vie personnelle et professionnelle. De sa maison natale à Gênes aux galeries qui l’ont exposé, en passant par son ancien atelier milanais et son actuel environnement de travail berlinois, chacun de ces endroits est représenté par la poussière qui y a été collectée, en des tableaux de deux tailles.

Malgré les nuances de brillance et de teinte, rien ne permet de distinguer ces différents dépôts grisâtres, ni d’identifier leur provenance. Laquelle de ces poussières est italienne, laquelle est liée à la sphère privée de l’artiste, laquelle même provient de la galerie où est présentée cette exposition ? Derrière l’impossibilité pour le visiteur de répondre à ces questions se dessine en creux la capacité de Luca Vitone à le faire: parce qu’il a lui-même ramassé et pour ainsi dire répertorié ces échantillons de poussière, il est en mesure de les discerner. C’est donc à travers lui et à travers sa démarche en tant qu’artiste que ces lieux s’identifient.

Clin d’œil appuyé au balai que Joseph Beuys exposa en 1972 et prolongation de la notion d’«auskehren» (balayer) développée par l’artiste allemand, les quatre pelles et balayettes portent le double rôle de cette référence et d’élément narratif dans le cheminement artistique à travers la poussière de Luca Vitone.

AUTRES EVENEMENTS ART