DANSE | SPECTACLE

Grand Finale

02 Oct - 02 Oct 2019

Intense, Grand Finale d'Hofesh Shechter mobilise dix danseurs. Entre danse, théâtre, performance et live musical, la pièce scrute la hantise de la catastrophe, dans une fresque chaotique d'où se dégagent peu à peu des frissons d'humanité.

Musique envoûtante, puissante, Grand Finale (2017) se déploie entièrement dans l’espace scénique. Pièce pour dix danseurs du chorégraphe Hofesh Shechter, Grand Finale conjugue danse, théâtre, performance. D’un format inhabituel pour de la danse contemporaine (1h45, entracte inclus), le spectacle ne ménage pas ses publics. Fumigènes, effets stroboscopiques… Présenté ainsi, il y a presque de quoi s’attendre à un spectacle hollywoodien. Voire wagnérien. Mais Grand Finale est ailleurs. La dimension apocalyptique est effectivement au cœur du projet. Quelque chose de grand, de définitif. La fin d’un voyage. Mais Hofesh Shechter, en chorégraphe contemporain, emmène cette écrasante sensation plus loin. Et s’il est question d’apocalypse, alors il est aussi question de genèse. Celle du projet se situe dans un tout petit village italien, Polverigi, à une dizaine de kilomètres d’Ancône, dans les terres. C’est ici, dans un ancien couvent, que débute la création de Grand Finale.

Grand Finale d’Hofesh Shechter : une pièce intense, pour dix danseurs

Lieu de retrait, et probablement de silence, Hofesh Shechter et sa compagnie y ont créé une pièce intense. Chorégraphe et compositeur, Grand Finale s’enveloppe ainsi d’une musique vibrante. Une musique électro-acoustique conjuguant nappes d’ambient et live. Tantôt planante, tantôt percussive, toujours magnétique : s’y mêlent guitare, trompette, violoncelle, violon… Dans cet espace de condensation qu’aura été Polverigi, Hofesh Shechter explique, dans une interview à Romaeuropa Festival, le processus d’intensification. Plus la deadline (le moment de la première) approche : moins les membres de la compagnie ont de vie personnelle, et plus le travail de plateau se densifie. Le temps passé ensemble renforce les liens entre les danseurs, jusqu’à l’intime. Passé par la Batsheva Dance Company, Hofesh Shechter maîtrise l’art d’être au présent. D’être à la fois dans la virtuosité, tout en restant entièrement ouvert à ce qui est en train de se produire.

Entre danse, performance et live musical : un moment de compassion collective

Thème sans facilité, l’apocalypse de Grand Finale conduit à des formes d’intimité tout aussi complexe. Avec des frictions, des façons de s’utiliser, de s’exploiter… Mais aussi de concilier et se réconcilier par et pour la danse. Plus qu’un reflet de l’ambiance actuelle de (gestion ou non-gestion de) crise, Grand Finale est une crise qui est allée se créer ses propres solutions. D’unissons en paniques chaotiques, même dans le désordre se déploient des réagencements entre danseurs. Le contact physique y est très présent, très humain. Saisir, embrasser, pousser, repousser, porter, trainer… Les danseurs ont dépassé ce moment où le corps de l’autre est en quelque sorte imprenable. Leurs gestes laissent deviner une forme de compassion. Quand la capacité de ressentir, physiquement, la souffrance de l’autre, autorise à frôler les limites à ne pas franchir. Forte catharsis chorégraphique, Grand Finale électrise la scène pour mieux libérer la part humaine.