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Hicham Berrada

Hicham Berrada participe à l’exposition «Invisible et insaisissable» (Centre des arts d’Enghien-les-Bains, 22 sept.-16 déc. 2011) qui encourage les liens entre art et recherche scientifique. Avec l’aide d’un laboratoire spécialisé, l’artiste a réussi à fabriquer une sculpture à la morphologie inédite, basée sur l’interaction d’un aimant et d’un ferrofluide. Il revient ici sur cette collaboration.

Avec l’équipe Colloïdes Inorganiques du PECSA, l’artiste Hicham Berrada a réalisé une sculpture faisant interagir un aimant avec un ferrofluide, milieu constitué de nanoparticules magnétiques dispersées dans un liquide porteur. Le ferrofluide a circulé dans des tuyaux reliant les deux parties de la sculpture. Les nanoparticules ont été stabilisées pour augmenter leur stabilité dans le temps, paramètre fondamental pour que la sculpture conserve ses propriétés. Une optimisation de la distance aimant-ferrofluide a également été réalisée pour obtenir des pics de matière.

Comment vos projets se rattachent-ils aux notions de l’exposition «Invisible et Insaisissable»?
Hicham Berrada. L’oeuvre? Quelle oeuvre? Car il n’y a pas – très peu – d’objets. Il n’y a pas de produit. Juste un agencement. L’art ici n’est pas d’ajouter un artefact à d’autres. C’est une praxis. C’est une action. L’intervention minimale d’un homme réduit à être agent, un agent parmi d’autres (chaud, froid, moteur, aimants…), un agent d’une mise en mouvement de processus physico-chimiques naturellement actifs bien qu’invisibles dans le monde concret. L’artiste alors se fait manipulateur, et seulement ça, de forces, non plus un artisan. Régisseur d’énergies. La référence va au laboratoire – modèle et extension nécessaire de sa démarche. Avant l’action, la mise en branle, il y a de même un système de lois, un système de règles, des protocoles scientifiquement valides, puis choix d’un référentiel, des supports, puis l’enclenchement: ça se déroule. Puis le hasard. Et la machine vit. Et l’humain disparaît. Soit enchanter la science. Et nous l’offrir. La délivrer du secret. Et nous lier.

Quel sens cette collaboration prend-elle au sein de vos recherches en tant qu’artiste?
Hicham Berrada. Dès 2006, mon entrée à l’Ecole Nationale des Beaux-Arts de Paris m’a permis de concrétiser une démarche d’exploration du monde, amorcée dans l’abstrait par ma formation de scientifique et un rapport au monde fait d’étonnements. Cette démarche, mêlant science et poésie, l’intuition et la connaissance, s’est traduite d’abord dans la réalisation d’installations – volontairement provisoires – et l’exécution de performances accompagnées de dispositifs techniques de prises de vue (photographies, vidéos) permettant de garder trace de ces moments mettant en scène le changement et les métamorphoses de la nature, chimiquement ou mécaniquement activée. Car c’est elle le coeur de mon travail. Comme c’est elle le premier matériau du labeur du physicien et de celui de l’artiste. Tous deux ne sont-ils pas également des chercheurs ?

Artistes et chercheurs: comment s’est organisée cette collaboration?
Hicham Berrada. L’oeuvre a été conçue pendant une discussion au laboratoire, autour d’une table. La répartition des rôles s’est faite naturellement en fonction de nos aptitudes techniques.

Quelles ont été les contraintes liées à votre projet? Cette collaboration aura-t-elle permis de les résoudre?
Hicham Berrada. La contrainte était surtout de drainer un liquide lourd. L’idée d’employer une pompe péristaltique par Jérôme Fresnai a résolu le problème.

Ce projet vous a-t-il permis de percevoir autrement les enjeux liés à la recherche?
Hicham Berrada. Le plus enrichissant pour moi dans ce projet à été de manipuler dans le laboratoire et d’assister les scientifiques dans leur travail.

Extrait du catalogue Invisible et insaisissable, Centre des arts d’Enghien-les-Bains, sept. 2011. En vente sur www.cda95.fr

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