ART | CRITIQUE

Hello Bambi

PAriane Carmignac
@12 Jan 2008

Toiles habitées par la Lapine, à la fois principe d’unité des toiles et leitmotiv de l’artiste. Anti-héroïne, la Lapine parodie la femme vengeresse masquée et digne dont le seul travestissement improbable signe et inscrit la présence de l’artiste.

Univers étrange que celui des toiles de Valérie Favre : peut-être est-ce tout le réseau de citations convoquées qui crée une sensation de familiarité (de loin on pourrait croire à des sortes de paysages dans une tonalité très « Nymphéas » restés un peu trop longtemps sous l’eau), de déjà-vu, de proximité ?

Dans les décors vient se mouvoir la Lapine, leitmotiv de l’artiste, qui anime ainsi ces paysages recomposés et assure l’unité de la toile. C’est cette figurine en effet qui, même si elle pourrait sembler déplacée à première vue, fait la liaison entre les éléments épars du tableau et, en fin de compte, réussit presque à les expliquer. C’est elle qui, finalement, surnage à travers les dégoulinures, venant répondre au regard surpris et amusé du spectateur.

On pourrait voir ces paysages comme un monde parallèle, de coulisses, en perpétuelle transformation et en chaos continu d’où s’exprime littéralement une création. Ainsi dans Corrections, où un magma informe de couleurs qui tourbillonne et déferle, vient recouvrir et défigurer à plaisir la surface de la toile. Puis cette turbulence s’incarne dans la Lapine, prise dans une dialectique du mouvement et du repos (Lapine univers qui saute, Lapine univers et son vide), du trop-plein, de la surcharge et du vide, résumée dans la Lapine pratique ou la gestation poétique.

Cette dernière toile, justement, dévoile un peu de ce qu’est la Lapine, belle fécondité masquée sous les apparences d’un monstre hybride de femme et de lapine grimée, qui porte à bout de bras son masque (une réplique de sa tête, démesurée). Une allégorie irrévérencieuse (Die Idiotinnen) et grivoise de la fécondité artistique ?

Une anti-héroïne, en quelque sorte, parodiant la femme vengeresse masquée et digne d’un personnage de cirque, et dont le seul travestissement improbable signe et inscrit la présence de l’artiste.

Valérie Favre:
Domination, 2004. Tryptique, huile sur toile. 250 x 450 cm.
Corrections, 2004. Dyptique, huile sur toile. 210 x 380 cm.
Ma reine des prés, 2004. Huile sur toile. 250 x 150 cm.
Dancing, 2004. Huile sur toile. 50 x 40 cm.
Lapine univers et son vide, 2004. Huile sur toile. 50 x 40 cm.
Lapine univers et le bélier, 2004. Huile sur toile. 50 x 40 cm.
Lapine univers qui saute, 2004. Huile sur toile. 50 x 40 cm.
Lapine univers au gant jaune, 2004. Huile sur toile. 50 x 40 cm.
Lapine univers et l’oiseau, 2003. Huile sur toile. 50 x 40 cm.
Lapine pratique ou la gestation poétique, 2004. Huile sur toile. 147 x 133 cm.
Die Idiotinnen, 2004. Huile sur papier.
Gelber Terminal, 2004. Huile sur toile. 147 x 133 cm.
Wolfkuss, ou la société secrète, 2004. Huile sur toile. 170 x 130 cm.
Madride, 2004. Huile sur toile. 170 x 130 cm.