DESIGN | EXPO

Harumi Nakashima

14 Oct - 26 Oct 2011

La galerie Nilsson et Chiglien présente le travail d’Harumi Nakashima, céramiste japonais dont la démarche s’émancipe de toute typologie formelle, pour aboutir à des œuvres uniques où le travail virtuose de la matière engendre des formes délicatement expressionnistes.

Harumi Nakashima

En 1969, alors qu’Harumi Nakashima entre à l’université d’art, il flirte avec le mouvement Sodeisha qui tout en l’influençant et le stimulant, l’entraine vers des créations tridimensionnelles, base fondamentale de ce mouvement. Quand j’observe le travail d’Harumi de cette période, je constate qu’il a ressenti ce mouvement de deux façons distinctes:
– premièrement il rejette toute fonctionnalité attribuée à l’objet comme un sculpteur d’art contemporain,
– deuxièmement, il pose la problématique de la terre: comment l’approcher et comment la traiter en tant que médium.
Au début, son intérêt se porte d’avantage sur les formes du mouvement Sodeisha dont se dégage une sorte de combinaison entre son expression et celle du mouvement. Cependant il a très vite des affinités avec la terre. En 1979, lors de l’exposition «the Japan Ceramic Art», il déclare: «Ces pièces s’éloignent de mon travail originel de potier, le yakimono».
Et en 1995, il ajoute: «L’origine de mon art est en rapport avec la sensation charnelle que la terre, au contact de mes mains, me procure». Il lui a fallu quelque temps avant que cette déclaration murisse et qu’il prenne réellement conscience que son travail s’inscrivait dans l’art contemporain.
Au commencement la matière n’était pas vraiment définie : il favorisait avant tout la création et son concept. Néanmoins, après cette période, il devait constamment changer de direction pour une création dont le médium était ce qu’il nommait matière céramique, pour se rapprocher à nouveau et d’avantage de la terre tout en reconsidérant son sens originel. Vers la fin des années 80, Nakashima crée des pièces recouvertes de pois rose, œuvres importantes qui déterminent son image artistique jusqu’à la fin des années 90.
Son art est à l’apogée lorsqu’il crée «Bag Series» dont la forme est le reflet parfait de son projet artistique et de son subconscient.
Contrairement à son précédent travail, la répétition mécanique des formes a été rejetée. C’est peut-être pour cela que la fin de cette série fut nette et définitive. «A partir de 1989 j’ai créé des pièces pour «Bag Series» qui avaient pour thème l’expression de mon for intérieur. Je pense que cette période correspondait à une obsession romantique qui existait en moi. Maintenant j’affronte ma vie avec plus de réalité (…). Désormais je préfère me consacrer à la terre pour exprimer la souffrance qui se trouve en chaque être humain. Cela contribue à justifier mon existence.» (1992).
Cela l’entraine vers «Suffering Form Series» qui est la base de ses créations d’aujourd’hui, dont la technique et le développement sont complètement différents. Dans cette série la matière, la forme, la technique et la création ne sont pas dissociées mais bien au contraire confondues pour mieux exprimer la souffrance intérieure de l’être: «Je me retrouve moi-même dans la terre, et ma souffrance se transforme au fur et à mesure que j’avance dans ma création, pour laisser apparaître une forme sculpturale». L’œuvre apparaît alors dans toute sa puissance et sa splendeur.
Ce n’est que récemment que Nakashima est passé du grès à la porcelaine dont l’utilisation est plus complexe mais aussi plus riche. La transparence de la matière donne à ses sculptures grâce et radicalité.