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Hans-Peter Feldmann

Nul besoin de s’aventurer du côté de l’être humain pour trouver des singularités. Au sein des choses et des objets les plus communs Hans-Peter Feldmann décèle et met en valeur la différence. On pourrait penser à Francis Ponge.

Avec la série Bread Photograph, l’artiste explore les variations à l’intérieur d’un aliment on ne peut plus banal, le pain. Trois photographies de tranches de pain sur fond blanc exposent au regard les différentes formes, alvéoles et mies possibles d’une même chose.

Cette recherche des différences se poursuit avec Bed Photos, Telephones et 15 Flowers. Le lit, le téléphone comme les pots de fleurs sont sujets à de très nombreuses déclinaisons. Entre les pliures des draps et des cousins, l’usure propre à chaque appareil électroménager et les nuances de couleur d’une fleur, aucun lit, aucun combiné ni aucune plante n’est semblable à un autre.

L’homo sapiens n’est pas en reste dans cette recherche de différences. La série Handprints glane la singularité là où elle se matérialise implacablement, l’empreinte digitale. Dix paumes de mains ont été imprimées sur des feuilles de papier blanc, de telle sorte que les moindres inflexions des traits de la peau soient rendues perceptibles. Similaires de loin, chacune de ces empreintes révèle de près ses irréductibles différences.

La série Hands Framed et le collage intitulé Legs témoignent elles aussi des idiosyncrasies physiques. Qu’il s’agisse des jambes ou des mains, chaque partie d’un corps est différente d’un individu à l’autre mais aussi à l’intérieur d’une même personne: chaque pair contient une asymétrie, aussi infime soit-elle.

Les rites sont au cœur de la série Lovecouple. Ces trois photographies représentent a priori la même chose, à savoir l’incontournable couple de jeunes mariés dans une pose convenue. Pourtant, même avec les têtes découpées, chacune de ces images contient des singularités: une certaine manière de placer ses mains, de s’enlacer, de s’habiller. Moins cliché que prévu.

Du champ des objets à celui des coutumes, Hans-Peter Feldmann semble s’opposer à toute conception platonicienne du monde. Les êtres humains, les faits et les choses ne se saisissent pas dans une supposée essence mais dans leurs innombrables manifestations.

Œuvres
Hans-Peter Feldman

Bread photographs #1, #2, #3. Photographies couleur. 100 x 100 cm chacune.
Handprints (x10). Impression sur papier. 75 x 60 cm chacune.
Lovecouple. b/w photograph clipped in wooden frame. 53,5 x 37,5 cm chacun.
Legs. Trente photographies couleur. 60 x 80 cm.
Telephones. Téléphones. 20 x 60 x 30 cm.
Hands Framed. Dix photographies couleur. 30 x 80 x 45 cm.