ART | CRITIQUE

Haim Steinbach

PMaxime Thieffine
@12 Jan 2008

L’exposition d’Haim Steinbach à la galerie Laurent Godin interroge notre rapport aux objets à travers trois catégories : les objets à usage limité dans le temps, les objets désuets et les objets périssables.

Sur des étagères triangulaires, qui font partie intégrante de ses œuvres, Haim Steinbach présente tout d’abord Heather Legacy composée d’une citrouille d’Halloween et de deux gourdes décorées chacune de deux visages hurlant. Ces objets au goût douteux, paraissant sortir tout droit d’un bazar au moment d’Halloween, appartiennent à cette catégorie d’objets à durée d’usage limitée à quelques semaines, qui viennent ensuite encombrer les placards et les brocantes.

Tel est l’un des sujets de prédilection de l’artiste israélien : notre relation aux objets et la place que nous leur accordons dans nos vies. La société de consommation nous pousse à acheter des objets plus ou moins utiles, comme ceux qui composent Heather Legacy, qui révèlent notre attirance pour leur vacuité.

La seconde œuvre, Painted Screen se compose de deux objets au premier abord plus énigmatiques: un cône de métal renversé servant de vase dans les cimetières et un plat en céramique dans lequel sont disposés des boules de pierre servant à moudre la couleur. Ce sont cette fois des objets désuets, dont l’usage nous est devenu étranger, présentés dans une association incongrue comme les appréciaient les surréalistes — pourquoi, en effet, réunir un vase de cimetière et du matériel de peintre?

Dans la dernière œuvre, Untitled (Thirteen Pigs), sont suspendus au plafond treize jambons crus d’Auvergne, chacun au-dessus d’un petit tas de sable, tandis que les murs sont peints en vert sombre. Haim Steinbach, qui utilise pour la première fois des produits alimentaires, en référence probable au Eat Art des années soixante, propose une nouvelle catégorie d’objets : les objets comestibles, dotés d’une odeur et d’un goût. Lors du vernissage, un éleveur de porcs proposait une dégustation de jambon, c’est-à-dire le déplacement assez cocasse dans une galerie d’art d’un stand de foire agricole avec sa machine à découper le jambon.

En rendant l’art consommable et périssable, Untitled (Thirteen Pigs) inverse l’idée de l’inutilité et de l’éternité des Å“uvres. A quoi, notamment, ressemblera l’installation à la fin de l’exposition ?… Pour Haim Steinbach, les jambons sont à la fois des objets de gourmandise et des corps morts, et l’occasion de confronter les notions de bon et de mauvais goût, au double sens des termes. L’installation lui permet également de procéder à un hommage à la culture qui a cette capacité immense de transcender en beauté la plus affreuse des choses.

Haim Steinbach
— Heather Legacy 1, 2007. Étagère en bois stratifié, deux flasques en plastique, citrouille en Styrofoam.
47 – 100,3 – 48,3 cm
— Painted Screen, 2007. Étagère en bois stratifié, cône en métal, récipient en céramique, 12 boules en céramique.
54,6 – 85,1 – 54,6 cm
— Untitled (Thirteen Pigs), 2007. Jambons d’Auvergne, peinture murale, corde dimensions variables.

AUTRES EVENEMENTS ART