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Gregory Forstner

PStéphanie Katz
@12 Jan 2008

«La peinture, ce mensonge sur lequel on tombe d’accord». L’histoire de la peinture rencontre l’esthétique voyeuriste du cadrage serré, les figures hiératiques des contes se conjuguent à la fluidité visuelle du cinéma, l’unité de la référence historique passe des compromis avec la fragmentation contemporaine.

Depuis le seuil de la galerie Jocelyn Wolff, une impression tenace de reconnaissance s’impose, qui mobilise instantanément l’attention d’abord flottante du spectateur. Où avons-nous déjà croisé ces figures ? Dans nos rêves et nos cauchemars, dans nos livres d’enfants ou nos magazines d’adultes, sur la carte postale d’un ami, dans un musée ? La référence précise demeure indécidable.

Ce profil d’enfant lunaire, par exemple. Bien sûr, il y a du Piero della Francesca dans le casque d’or de la chevelure, dans le rouge de la tunique, dans la ligne du nez et du front. Mais repérer la citation ne résout pas l’énigme et n’explique pas l’impression d’étrangeté qui s’empare du regard scrutateur du spectateur.
Qu’est-ce qui fait que l’auréole solaire impose une pure jouissance plastique et que l’éclat de blanc qui anime la pupille semble vouloir fuir sitôt nous aurons tourné le dos ?
Ou encore, d’où surgit ce cosaque hilare ? D’une histoire d’ogre dévoreur d’enfants, d’images d’Épinal illustrant une légende russe, ou de la biographie de Soutine ? A quoi tient ce sentiment d’être face à un mythe, un secret, ou un musée intime ?

L’énergie anachronique que diffuse l’œuvre de Gregory Forstner tient tout entière dans la singularité de son protocole de travail. S’ancrant dans un goût pour l’histoire de la peinture, son geste inaugural est celui d’un prélèvement dans l’infime du corpus pictural. Le détail d’une œuvre ici, un personnage secondaire là, qui seront isolés par l’artiste, afin de les soumettre au traitement spécifique du voyeurisme contemporain : le gros plan.
Rejouant les paradoxes du proche et du lointain, l’effet loupe vient souligner la part matérielle de la peinture et révéler les techniques de l’illusion. Plus encore, isolés sur un fond neutre à la manière de Manet, les personnages de Gregory Forstner acquièrent une autonomie qui les projette vers nous dans une dynamique cinétique.

Du flou au net, de l’intime à la citation, du détail à la structure, le regard circule et mêle les registres : l’histoire de la peinture rencontre l’esthétique voyeuriste du cadrage serré, les figures hiératiques des contes se conjuguent à la fluidité visuelle du cinéma, l’unité de la référence historique passe des compromis avec la fragmentation contemporaine. C’est ici toute l’intimité de la peinture qui se donne à voir, sous les projecteurs hypnotiques de la désillusion.

Gregory Forstner
— Dit is mijn, 2004. Huile sur toile. 162 x 130 cm.
— Sans titre (Grand profil), 2004. Huile sur toile. 240 x 190 cm.
— Sans titre (Naine framboise)2004. Huile sur toile. 162 x 130 cm.
— Le Cosaque, 2004. Huile sur toile. 220 x 140 cm.
— Sans titre (femme au chapeau bombe), 2004. Huile sur toile. 162 x 130 cm.

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