ART | CRITIQUE

Gravité martienne

PMarie-Jeanne Caprasse
@15 Sep 2005

Peinture en perpétuelle construction, peinture démultipliée. Didier Mencoboni travaille exclusivement sur le mode de la série et de la mise en réseau. Systématiquement, il poursuit l’exploration des formes qui construisent l’espace du tableau.

La pratique artistique de Didier Mencoboni tend de plus en plus à l’épure. La question de la nature de la peinture a toujours animé son travail, avec pour fils directeurs, un questionnement sur l’espace, la série, l’accumulation, le classement et le réseau.
On se souvient, il y a deux ans, des bandes de soies colorées qu’il avait suspendues en travers de la galerie, touches de couleur flottantes structurant l’espace. On se souvient aussi de ses séries «…Etc…» et des «Etagères», travail d’accrochage de petits tableaux abstraits ou figuratifs qu’il assemblait de manière à former une œuvre globale, jouant sur la mise en perspective et les connexions entre les différents éléments.

Ici, Didier Mencoboni continue cette exploration des éléments qui construisent la peinture et ouvrent sur une infinité de combinaisons. En posant des traits de couleur horizontaux ou de petites touches rondes sur le haut d’une grande feuille de papier blanc, il organise et multiplie les possibles incarnations de l’œuvre.
Par rapport à son travail à la gouache des années 1999-2000, où les lignes étaient parfaitement dessinées, il introduit l’aléatoire en favorisant les coulures qui ruissèlent vers le sol. Il laisse également davantage de place au blanc du papier, en poussant la couleur sur le bord supérieur du tableau, accentuant ainsi l’effet d’élévation. De là, vient ce titre de «gravité martienne».

Parmi ces œuvres sur papier, trône une «peinture en volume» faite de petites toiles d’un même format posées les unes au dessus des autres et moulées dans un caisson de résine. La pile de tableaux est figée dans la masse, comme un fossile, et forme autant de strates que de toiles dont on distingue sur la tranche la variété des couleurs qui les recouvre. Une seule toile est visible, celle qui clôt la série sur le haut.

Le principe de l’addition, de la strate, est constitutif du travail de Didier Mencoboni. Il pense la peinture en architecte où chaque élément s’appuie et prend forme par rapport à ceux qui l’entourent. Avec ses gouaches sur papier, c’est la réitération d’un même geste qui anime sa démarche. La variation dans l’identique ou l’identique dans la variation.

Didier Mencoboni
8528, 2005. Gouache sur papier. 120 x 150 cm.
Sans titre, 2005. Gouache sur papier. 120 x 150 cm.
8478, 2005. Gouache sur papier. 120 x 150 cm.
8444, 2005. Gouache sur papier. 120 x 150 cm.
8461, 2005. Gouache sur papier. 120 x 150 cm.
8531, 2005. Gouache sur papier. 120 x 150 cm.
8388, 2005. Gouache sur papier. 120 x 150 cm.
8388bis, 2005. Gouache sur papier. 120 x 150 cm.
Sans titre, 2005. Gouache sur papier. 300 x 150 cm.
8536, 2005. Gouache sur papier. 220 x 75 cm.
8492, 2005. Gouache sur papier. 220 x 75 cm.
Pile, 2005. Dix-sept tableaux dans résine. 39 x 33,5 x 33,5 cm.