ART | EXPO

Grande tapisserie

06 Sep - 11 Oct 2014
Vernissage le 05 Sep 2014

Utilisant des matériaux naturels comme l’arbre, les écailles de pommes de pin ou les galets, Dominique Ghesquière travaille sur l'idée de nature et de paysage au sens large. Pour elle, nous appartenons au paysage, comme il nous appartient. Jouant sur les matériaux et leur symbolique, elle emmène le spectateur dans un repli très profond de la mémoire.

Dominique Ghesquière
Grande tapisserie

Dans cette exposition, l’artiste présente une nouvelle série d’œuvres liées à l’idée de nature et de paysage au sens large, non pas une sorte de décor arrière-plan dont l’individu serait détaché mais plutôt le paysage qui introduit l’homme à l’ensemble dans lequel il existe. Nous appartenons au paysage, comme il nous appartient. Les matériaux utilisés: arbres, écailles de pommes de pin, galets, et la représentation d’éléments comme le lierre et les nuages en sont des éléments concrets qui nous y conduisent. Dominique Ghesquière propose ici une double expérience. La première est la perception directe des matériaux avec lesquels elle travaille, la seconde plus abstraite emmène le spectateur dans un repli très profond de la mémoire.

Feuillus (bouleau, 250 x 170 cm), est un ensemble d’arbres. Dominique Ghesquière a travaillé sur des arbres morts. Elle a redessiné le contour extérieur des feuilles avec du branchage à l’emplacement même des feuilles tombées. Celles-ci sont toutes différentes. Laissant supposer au premier regard, que la présence de ces arbres ne serait qu’un simple déplacement dans la galerie, le spectateur prend conscience que leur feuillage n’appartient en rien au milieu naturel. Ils s’inscrivent dans deux temporalités: celle de l’arbre mort réduit à la matière bois et celle plus abstraite et libre avec ce feuillage imaginé par l’artiste. Ces arbres entre deux saisons pleines de promesses se jouent de la frontière naturelle des choses, du déroulement du temps et nous emmènent dans une démarche conceptuelle.

Cette œuvre est le paysage central de l’exposition, annonçant les jeux de transformation auxquels l’artiste s’applique. Dans Mue, elle crée au moyen d’écailles de pomme de pin juxtaposées une sorte de carapace imaginaire inspirée de celle du pangolin, fourmilier d’Afrique. La forme de l’objet, une sorte de peau de bête, nous rappelle la mue, phénomène naturel et nécessaire à la métamorphose. Mais c’est également la trace d’un changement opéré par l’artiste. L’œuvre, telle une peau de bête, est accrochée au mur comme une tapisserie. A moins qu’elle ne provienne directement d’un cabinet de curiosité ou d’un muséum d’histoire naturelle. Une seconde œuvre pourrait tout autant appartenir à ce musée d’histoire naturelle. Oiseau est un étourneau naturalisé, figé en plein vol. Sa présentation verticale, dos au mur le met en situation d’élévation.

Dans Lierre, une peinture murale en trompe l’œil, l’artiste reproduit les traces laissées par le lierre après qu’il ait été arraché du mur. Il s’agit d’une empreinte, de la trace d’une chose révolue que la peinture vient révéler de manière paradoxale. En effet, c’est par sa matérialité que la peinture fixe et révèle ici la perte de matière. Cet allégement permet une relation plus forte et directe, que n’aurait pas permis la photographie.

Un certain état de nature est le point de départ des œuvres de Dominique Ghesquière. L’artiste s’approprie cet état d’apparence simple comme dans l’œuvre Pierres roulées. Des galets gris de bord de mer nervurés de blanc sont posés en tas sur le sol. Le rapprochement des nervures blanches dessine un ensemble de lignes entrelacées. Cette mise en rapport de choses sans lien apparent nous remémore la source des galets, les strates de la roche mère, et nous invite à un retour au passé lointain, nous plonge dans la longue durée historique. Ressurgit l’idée d’un réseau infini préalable, bousculé et transformé peu à peu en formes roulées par l’eau, fluidité qui a mis en désordre l’alignement d’origine.

C’est à cette idée de trame, de tissage, de liens que l’artiste nous ramène également dans Grillage. Des tiges d’osier naturel ont été entrelacées jusqu’à faire apparaître la forme familière du grillage à croisillons. Ce grillage ainsi naturalisé d’une dizaine de mètres de long, a été réalisé par l’artiste en 2013 à 3bis F à Aix-en-Provence, lieu de résidence d’artistes au sein d’un hôpital psychiatrique.

Nuage, dernière œuvre de cette exposition, fait aussi référence à la nature par son titre tout en posant des questions de société. Il est constitué de débris de billets de banque massicotés et broyés finement puis rassemblés de manière à composer une forme flottante à la densité légère. Météorologiquement, il évoque l’évaporation, la circulation et la retombée en pluie, financièrement une potentielle redistribution en suspens.

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