DANSE | CRITIQUE

Grain. Vermiculus

PCéline Piettre
@18 Juin 2008

Finlandaise d’origine, Carolyn Carlson invite la scène scandinave à se produire le temps d’un week-end à la Cartoucherie de Vincennes. On retiendra de la première soirée l’impertinence drolatique d’Eeva Muilu, que l’on espère revoir très bientôt sur le sol français.

Profitant du « Printemps de la Finlande » lancé en mars 2008 par Christine Albanel, le festival June Events — qui avait entièrement consacré son édition 2006 à la danse scandinave — propose à son public un week-end 100% finlandais, « Tanssi ! », où l’on découvre de jeunes chorégraphes et quelques formes expérimentales.

La soirée d’inauguration a joué sur les contrastes, avec une première partie dévolue à la création de la virtuose et très attendue Susanna Leinonen, Grain, et une seconde accueillant le délirant Vermiculus d’Eeva Muilu, chorégraphe quasi inconnue des scènes françaises et encore étudiante en 2007.

Si la première envoûte par la fluidité de sa danse, nous faisant douter du caractère tangible du corps, comme dans un rêve, la véritable révélation de la soirée reste la performance hilarante d’Eeva Muilu. Modestement, en usant du registre de la comédie et de la caricature, elle se lance dans une petite critique du spectacle vivant en posant la question cruciale de sa pertinence.

Une voix pré enregistrée nous apprend l’indisposition de la soliste, amoindrie par une dépression passagère. Pour la remplacer, la production propose Amanda, danseuse maniaque, dont l’enthousiasme est proportionnel au nombre de figures exécutées. Dès son entrée sur scène, Amanda jubile, jouit de sa propre exhibition maladroite, à grand renfort de sauts de biche grossiers et d’arabesques instables. Son plaisir se mesure à l’aune des petits cris qu’elle pousse et d’un visage extatique. L’effet est immédiat, le rire fuse en salve.

Très vite, l’enchaînement des pas — la chorégraphie — dévoile sa futilité, sa dimension exclusivement décorative. La prétention sous-jacente à son élaboration. Mais aucune trace de cynisme ou d’un quelconque mépris dans cette façon de dénoncer les vices du spectaculaire — vanité, narcissisme du créateur et de l’interprète, folies des grandeurs et désir de monstration. Car la prestation d’Amanda, sa quête de virtuosité, qui se veut grotesque, finit par communiquer son énergie débordante, comme la joie d’un enfant, et par atteindre (paradoxalement) un certain degré de spontanéité. Un art vivant.

Á l’inverse, le retour sur scène de la vraie Eeva, à peine remise de sa baisse de moral, nous fait l’effet d’une proposition timorée, peu généreuse, ce qui revient à interroger les tendances minimales de la danse et l’aptitude d’un solo à révéler l’identité de son interprète.

Au final, ce regard porté sur le spectacle a l’avantage de la subtilité, en cela qu’il se contente de soulever des questions en résistant à la tentation du manichéisme et des raccourcis simplistes. Vermiculus reste un divertissement à part entière, qui, tout en étant sous-tendu par un discours critique, ne fait pas l’impasse sur le corps et son potentiel théâtral et ludique.

Susanna Leinonen, Grain

— Chorégraphie et interprétation
: Susanna Leinonen

— Musique
: Kasperi Laine
— Lumières
: Marianne Nyberg
— Costume
: Erika Turunen
— Vidéo et visualisation: Marianne Nyberg and Susanna Leinonen
— Animation: Heikki Ulmanen

Eeva Muilu, Vermiculus

— Chorégraphie et interprétation:
Eeva Muilu