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Gombrowiczshow

Gombrowiczshow prétend «revisiter» l’œuvre de Witold Gombrowicz, écrivain polonais du XXe siècle aujourd’hui perdu de vue — qui, si l’on excepte sa pièce Yvonne (1935) n’a pas vraiment écrit pour le théâtre — afin, le notent intentionnellement les auteurs, de la «récupérer» pour mieux s’en «débarrasser». Qu’il en soit ainsi fait et qu’on n’en parle plus!

Gombrowiczshow ayant été labellisé «spectacle vivant» par le Centre Pompidou, on a naïvement fait le déplacement, la programmation étant la plupart du temps d’un excellent niveau, du moins pour ce qui est de la danse, de la musique et de la «performance».

Mais, de vivant, ce spectacle-ci n’a rien. L’auteur est mort et enterré depuis des lustres. Il est passé aux oubliettes et son œuvre a subi le tri sélectif de l’histoire. Sa vision sombre, pessimiste, affectée, à l’érotisme convenu ; sa thématique limitée aux questions de lignée ou de dégénérescence, aux «rituels familiaux», à la «tyrannie de la descendance» ; sa dialectique entre maturité et immaturité, forme et indétermination ; sa fameuse formule parapsychologique: «Quelque chose en moi a parlé, agi, pensé», n’expliquent pas vraiment l’urgence qu’il y avait à monter ce collage de morceaux choisis de l’œuvre du Polonais de la pampa.

Le théâtre: pas si facile que ça. La poésie: pas à la portée de tout un chacun, quoiqu’on en dise. L’humour, par-dessus le marché: loin d’être évident. Or, ni Sophie Perez ni Xavier Boussiron ne renouvellent l’un de ces domaines où ils tentent d’intervenir avec leurs gros sabots.

Un crâne trône crânement sur le rideau de scène hermétique en lamé rouge, imprimé en noir et blanc au-dessus d’un gâteau aux pommes qui est, lui, en quadrichromie. Peut-on faire Hamlet sans se casser la tête? semble être la tarte à la crème du jour. Cela commence fort avec l’arrivée du MC d’un cabaret baroque et fauché des sixties, qui se livre à une présentation rapide de la troupe au grand complet: Sophie Lenoir, Gilles Gaston-Dreyfus, Stéphane Roger, Françoise Klein et Marlène Saldana, dans des conditions acrobatiques — avec quantité de gadins dignes des casse-cou du burlesque.

Ce prologue en forme de poire ou de numéro de café-théâtre à l’ancienne, à la Romain Bouteille, période Michel Colucci, cette routine pour night-club sexy, revu et corrigé par le Magic Circus et Jérôme Savary ou l’Alcazar de Jean-Marie Rivière renforcé par les Barios, ne nous rajeunit certes pas, même s’il est — ne boudons pas notre plaisir — plutôt réussi. Malheureusement, ce sera pratiquement tout ce qu’on aura à se mettre sous la dent, durant l’heure quarante que dure la chose — ou le show.

Notre Roger Lanzac au smoking de rigueur précise le degré d’exigence formelle des auteurs: «On se contrefout de l’expérimental, du rock, du pluridisciplinaire, du pseudo-nouveau, de la suprématie de la bêtise décomplexée, du théâtre moderne à sa mémère.» C’est dire que le débat est placé à un niveau vraiment élevé.

Une interminable séance de patronage s’ensuit donc, conclue par un bonus, une assez pénible lecture-torture (= chantage sentimental) d’un texte de sa veuve, même pas appris par cœur par le comédien, décrivant la fin de la vie de « Witold », dans la banlieue chic de Nice.

Malgré les tics, y compris de langage, les tocs, les réflexes parfaitement conditionnés, les grimaces, les perruques, les masques, les caricatures grossières, grotesques, clownesques et même légèrement gore (les amusantes têtes jivaresques de créatures de Frankenstein) de personnages en perpétuelle fuite en avant, mais sans réelle suite dans les idées, leurs rires forcés, leurs hurlements, l’esthétique hystérique à forme ricanante, les pouet-pouets et les coussins péteurs, le sampling de textes pseudo absurdes ou métaphysiques, plutôt à la fois creux et bavards, les traits d’un humour plus terne que noir, la déco encombrante d’un gigantesque fond de rocaille romantique 100% résine et le magasin d’accessoires bourré à craquer d’un piège à poussière composé d’animaux naturalisés, on a du mal à entrer dans ce jeu, somme toute, superflu.

Qu’on ne s’y trompe pas: ce cabotinage d’un autre âge, cette forme d’atavisme — une fatalité ? —, indissociable du genre théâtral, n’est pas l’apanage des comédiens. Ces derniers font ce qu’ils peuvent pour sauver les meubles — la table, les chaises et le divan. C’est la forme même, comme dirait l’autre, de ce genre de show qui est en cause.

Saluons néanmoins la tentative de rapprochement de la mise en scène théâtrale d’une esthétique de « télé-novela », avec le renfort d’une BO d’effets violoneux et de contrepoints sonores appuyés. Et quelques trouvailles intéressantes, comme le préambule fanfaronnant, la scène à répétition du massacre de l’écureuil, ou encore le solo, sur un zouk techno endiablé, joliment dansé par l’impeccable Sophie Lenoir ornée d’une moumoute afro, ne cessant de répéter : « Quel bal, ce bal ! » C’est peu, sans doute, c’est déjà ça.

— Conception: Sophie Perez et Xavier Boussiron
— Avec: Sophie Lenoir, Stéphane Roger, Gilles Gaston-Dreyfus, Françoise Klein, Marlène Saldana et les musiciens Marie-Pierre Brébant, Xavier Boussiron
— Textes: Sophie Perez, Xavier Boussiron, Witold Gombrowicz, Rita Gombrowicz
— Scénographie: Sophie Perez et Xavier Boussiron
— Costumes: Sophie Perez et Corine Petitpierre
— Musique: Xavier Boussiron
— Images et régie générale: Laurent Friquet
— Lumière: Fabrice Combier
— Régie lumière: Jérôme Delporte
— Régie son: Félix Perdreau
— Régie plateau: Anne Wagner dit Reinhardt
— Administration: Sophie Pulicani
— Réalisation décor: François Maréchal, Dan Mestanza, Studio Polo
— Rideau d’avant-scène réalisé par la société Gerrietz
— Accessoires et costumes réalisés par les ateliers du TNC