PHOTO | CRITIQUE

Go to the VIP Room

PMaxime Thieffine
@11 Fév 2008

Le photographe norvégien Torbjørn Rødland opère un tournant dans sa pratique : il superpose des champs, crée des images oniriques qui se répondent et invitent le spectateur à suivre le voyage de leurs éléments d’une photographie à l’autre.

L’exposition est constituée de sept photographies toutes intitulées Go to the VIP Room. Les éléments qui les composent se retrouvent de l’une à l’autre, à la même place, comme les deux feuilles vertes qui passent de la troisième à la quatrième, ou changeant de place en s’agrandissant ou se rétrécissant jusqu’à devenir de simples détails, comme la guirlande lumineuse qui transite de la première à la dernière photographie.

Sur trois d’entre elles, un visage flottant occupe presque tout le cadre, ne laissant que peu de place aux autres éléments qui forment alors un cadre interne à l’image. L’expression du visage change subtilement d’une photographie à l’autre. La «série des visages» se complète d’une quatrième photographie qui est pour ainsi dire leur antithèse : le visage disparaît de l’image pour laisser place à une tâche noire. Alors que la présence des visages immenses tient le spectateur à distance, leur absence attire le regard qui s’abîme dans le noir profond.

Subtilité et délicatesse caractérisent la série qui prend des aspects oniriques en assemblant des images inconciliables dans la réalité : des images de nuit et de jour, des images urbaines et des images de nature.

L’impression de rêve est accentuée par les limites flottantes entre les éléments qui se fondent et se superposent : l’enseigne lumineuse au centre de la cinquième photographie vient se placer sur la tempe du visage de la deuxième, ou encore des points de lumière multicolores qui se dispersent aléatoirement dans les photographies 2, 4, 5, 6 et 7, comme libérés de leur source.

Les photographies sans visage s’approchent de compositions abstraites : sortis de leurs contextes, certains des éléments qui les composent n’ont plus de référents reconnaissables et leur juxtaposition produit des formes géométriques.

Torbjorn Rodland propose en quelque sorte un concept de « photographie abstraite », si l’on peut l’énoncer ainsi, qui porte une contradiction en lui-même car la photographie ne peut enregistrer que des éléments figuratifs en tant qu’empreinte du monde réel.

Publication
— Torbjorn Rodland, White Planet Black Heart, SteidlMack, Göttingen, 2006

Torbjørn Rødland
Go to the VIP Room #1, 2007. C-print monté sur aluminium, cadre : bois blanc laqué, vitre anti-reflet et anti-UV, 146 x 115 cm
Go to the VIP Room #2, 2007. C-print monté sur aluminium, cadre : bois blanc laqué, vitre anti-reflet et anti-UV, 146 x 115 cm
Go to the VIP Room #3, 2007. C-print monté sur aluminium, cadre : bois blanc laqué, vitre anti-reflet et anti-UV, 146 x 115 cm
Go to the VIP Room #4, 2007 C-print monté sur aluminium, cadre : bois blanc laqué, vitre anti-reflet et anti-UV, 146 x 115 cm
Go to the VIP Room #5, 2007. C-print monté sur aluminium, cadre : bois blanc laqué, vitre anti-reflet et anti-UV, 146 x 115 cm
Go to the VIP Room #6, 2007. C-print monté sur aluminium, cadre : bois blanc laqué, vitre anti-reflet et anti-UV, 146 x 115 cm
Go to the VIP Room #7, 2007. C-print monté sur aluminium, cadre : bois blanc laqué, vitre anti-reflet et anti-UV, 146 x 115 cm