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Georg Baselitz

PMarguerite Pilven
@12 Jan 2008

Baselitz alterne dans une même composition les figures à l’endroit, à l’envers, sur le côté. Il dessine alternativement sur tous les côtés de la feuille. La surface est une arène traversée de tous côtés par des jeux de forces, des choix plastiques contradictoires, des éléments qui se heurtent et se contredisent. Sans jamais donner l’impression d’une composition dissolue, mais plutôt d’une violence disruptive latente. 

La question du motif pictural, de la relation entre la figure et le fond du tableau, a constamment agité le travail de Baselitz. Attachant plus d’importance à la peinture elle-même plutôt qu’à sa justification par un motif, un sujet, il ne souhaitait cependant pas l’évacuer, conservant ainsi à ses travaux une matérialité, un ancrage dans le réel que n’ont pas les tableaux abstraits.

En 1968, Baselitz apportait une solution radicale à ce conflit de la figure en retournant ses tableaux afin qu’elle se retrouve tête en bas : « Le meilleur moyen de vider ce qu’on peint de son contenu, disait-il, pour se tourner vers la peinture en soi ».

Dans sa nouvelle série d’aquarelles monumentales, Baselitz alterne dans une même composition le sens de ses figures : à l’endroit, à l’envers, sur le côté. Faisant pivoter son support, il dessine alternativement sur tous les côtés de la feuille. Deux types d’iconographies peuvent être distinguées: Baselitz opère dans une première série des variations à partir de son autoportrait en pied aux côtés de sa femme, et dans l’autre, intitulée Einstein, il s’attache à la figure d’un violoniste jouant de son instrument en position assise.

On remarque d’emblée dans ces dessins une absence de hiérarchie définie entre la figure et le fond qui, ajoutée à l’orientation multiple des figures sur le support, rend la composition instable. Le fond, de couleur sombre et toujours très dilué, enveloppe la figure, la situant toujours dans un espace indéterminé. Les surfaces subissent un traitement inégal. Jouant sur les possibilités de l’aquarelle, Baselitz dilue ou opacifie les couleurs par endroits, les répandant aussi parfois en coulures. Les coups de pinceaux distribués en tous sens achèvent de donner au fond un caractère trouble, une facture grossière et inachevée.

Le motif est croqué à la manière d’une caricature, avec acuité et de façon précise et synthétique, directement sur le blanc de la feuille. Bien que les figures donnent l’impression de flotter sans attache sur la surface opaque, Baselitz souligne leur densité corporelle.
Il se représente avec sa femme tout deux en maillot de bain, la chair pendante, les joues tombant vers le bas. Quant au violoniste faisant l’objet de la deuxième série, Baselitz le représente bien campé sur un tabouret et le dote de grosses chaussures noires soulignant sa pesanteur, son adhésion au sol.

Dans la série des autoportraits, les deux maillots de bain sont peints avec un même bleu qui prouve le peu d’importance que Baselitz attache à la valeur descriptive de la couleur. Lorsqu’il peint les corps, c’est également d’un seul rouge plus ou moins dilué évoquant de manière brutale et approximative la couleur de la chair.
La palette est globalement très limitée dans cet ensemble d’aquarelles, les teintes étant surtout employées pour distinguer les masses, créer des effets de contraste et de matière qui dynamisent le dessin et en relient les éléments divers. L’indépendance de la couleur par rapport à la figure en atténue le caractère trop détaché du fond, et la fluidité de l’aquarelle facilite encore cette interpénétration du motif et du fond pictural.

Cette série d’oppositions entre le dessin et la peinture, le sec et l’humide, le tendu et le fluide donne un caractère vigoureux et fortement expressif à l’ensemble des dessins. Dans certains d’entre eux, Baselitz confronte également le haut et le bas du tableau en plaçant deux figures tête bêche. La symétrie des motifs occasionne alors une tension très forte au centre du tableau. De la même manière, Baselitz travaille les rapports de la figure avec les bords du tableaux.

Le peintre convertit ainsi la surface du tableau en une arène traversée de tous côtés par des jeux de forces, des choix plastiques contradictoires, des éléments qui se heurtent et se contredisent. Le résultat ne donne cependant jamais l’impression d’une composition dissolue mais plutôt d’une violence disruptive latente que ce jeu serré d’oppositions contient.