ART | CRITIQUE

Géographie # 2

Suite de Géographie #1, une exposition qui déplace les limites de la géographie vers une «psycho géographie», vers des territoires plus subjectifs et artistiques que terrestres.

Géographie #2 fait suite à l’exposition réalisée voici deux ans par la galerie avec Darren Almond, Graham Gussin et Anri Sala. La notion de Géographie n’est pas ici limitée à ses aspects social, économique, linguistique, urbaine ou rural, mais entendue comme un rapport avec le vécu, une interrogation des frontières subjectives qui nous séparent du monde. C’est d’une «psycho-géographie» qu’il s’agit.

Towards Tomorrow (International date line, Alaska), de Marine Hugonier, se compose de trois photographies en couleurs de grand format. Au premier abord, elles ne diffèrent guère d’autres photographies de paysage. Hormis la quiétude qui s’en dégage. Peut-être parce que la ligne de l’horizon est placée à hauteur de vue, ou à cause du grand format qui capte l’attention, mais surtout par le fait que ces photographies ont été réalisées en Alaska, au Détroit de Béring, au point précis où se confondent l’hier et l’aujourd’hui.

L’artiste albanais Anri Sala présente Blindfold, une double projection vidéo. Deux panneaux publicitaires vierges sont filmés dans deux villes différentes. Sous le soleil, leurs surfaces métalliques tiennent lieu de réflecteurs. Aveuglants, ils oscillent comme des pendules au rythme de vie des deux villes, et de la musique de Wilson Sukorski.

Au sous-sol, une vidéo de Graham Gussin projetée en grand format, Costa del Sol, déroule un parcours en voiture entre un aéroport espagnol et Porto. Le film est réalisé comme un document brut, un simple enregistrement obtenu grâce à une caméra fixée sur une voiture.

Une autre vidéo, Tabla Dubb n° 9 de l’artiste égyptien Hassam Khan, présente un tunnel vide, peu éclairé. Il s’agit d’un passage souterrain vers une mosquée. A différents intervalles se superposent à cette image des personnes en mouvement, un enfant à vélo, ou quelqu’un assis près d’une table. Tandis qu’en fond sonore on entend comme une prière collective, en fait la lecture d’un poème «el borda»e. Une sorte de bruit de fond visuel et sonore, emplit la petite salle de projection.

Dans trois photographies, Bas Jan Ader, disparu en 1975, se met en scène dans ses tentative de dépasser ses propres limites, et celles de l’art. Il a d’ailleurs trouvé la mort au cours d’un traversée de l’Atlantique en solitaire dans le cadre de sa série In Search of Miraculous.
Dans Broken Fall (Organic) Amsterdamse Bos, Holland (1971) il apparaît suspendu en l’air en train de sauter d’un arbre — comme en écho à la célèbre photographie de Yves Klein, Le Saut dans le vide.
Les photographies couleur Broken Fall (Geometric). Westkapelle, Holland et Pitfall on the Way to a New Neo-Plasticism. Westkapelle, Holland s’inscrivent dans des performances par lequelles Ader veut met en cause la théorie sur l’équilibre de Mondrian, en reprenant ses couleurs et construisant des compositions avec différents objets, son propre corps et le paysage.
(La galerie Chantal Crousel présentera une exposition de Bas Van Ader en mai 2003).

Bas Jan Ader
Broken Fall (Geometric). Westkapelle, Holland, 1971. Photo couleur. 39.5 x 29.5 cm
Pitfall on the Way to a New Neo-Plasticism. Westkapelle, Holland, 1971. Photo couleur. 40 x 29.5 cm
Broken Fall (Organic). Amsterdamse Bos, Holland, 1971. Photo noir et blanc. 46 x 63.5 cm

Graham Gussin,
Costa Del Sol
, 1995. Projection vidéo. 30 min.

Marine Hugonier
Towards Tomorrow (International Date Line, Alaska) #1, 2001. Photo couleur. 130 x 211 cm.
Towards Tomorrow (International Date Line, Alaska) #3, 2001. Photo couleur. 130 x 211 cm.
Towards Tomorrow (International Date Line, Alaska) #4, 2001. Photo couleur. 130 x 211 cm

Hassan Khan,
Tabla dubb n°9
, 2002. Vidéo, 3 min 40.

Anri Sala,
Blindfold
, 2002, DVD, 15 min.