DANSE | CRITIQUE

Genesis

PMartin Dammann
@10 Déc 2014

A travers Genesis, Sidi Larbi Cherkaoui crée un monde contre-utopique, inspiré de la cosmogénèse, qui progresse vers l’aseptisation. Regards et touchers froids, mécaniques ou chaleureux, ce sont à des relations multiples au corps et à l’autre que Cherkaoui nous convie, faisant du corps biologique et symbolique un centre d’observation et d’investigation privilégié.

Le spectacle débute avec sept danseurs, immobiles et debout, dans des caissons de verre. Fixes, immobiles, élancés, rapides, vifs, brisés ou saccadés, Sidi Larbi Cherkaoui a mis au centre de sa chorégraphie un large registre de mouvements pour décrire le corps dans ses différents rapports avec le temps, l’espace et l’autre. Impliqué dans des rapports autant intra qu’interhumains, le corps est au centre d’une chorégraphie qui se déroule sous couvert d’expérimentation médicale, avec des danseurs habillés en blouse blanche, parfois un masque chirurgical sur le visage.

Le corps est le pivot d’une thématique liant la vie à la mort, autour de personnes blessées, mourantes ou bien-portantes. La vie s’incarne dans la fluidité, la grâce et l’harmonie, quand la mort se manifeste dans des mouvements fixes ou brisés. Le registre gestuel va de mouvements petits et saccadés à des mouvements amples et fluides. Les corps entretiennent des rapports variés au temps, à l’espace et aux états organiques. Autour d’un piano et d’instruments à percussion, la musique enveloppe le spectacle d’une alliance Orient-Occident.

Les danseurs sont proches ou éloignés, les regards sont distants ou enveloppés, la gestuelle froide ou plus chaude et caressante. On s’ignore ou on se palpe. On se touche ou on se dissèque. La présence et l’absence caractérisent les relations entre les danseurs, une absence incarnée dans une fixité et une froideur, quand la présence se jauge au toucher. Cette dualité découpe la chorégraphie en solos, duos ou danses de groupe dans lesquels les gestes sont lents, rapides, vifs ou saccadés. Les différents états organiques oscillant entre la vie et la mort au sein d’espaces autant intérieurs qu’extérieurs.

La danse est ponctuée d’accents corporels multiples entre souplesse, fluidité, contorsions et soubresauts. Les bras deviennent presque des jambes. Ils s’allongent dans des mouvements longitudinaux avec des mains se finissant en virgule. L’horizontalité de ces mouvements légers, aériens et fluides s’opposent dans certaines scènes à des corps fixes et marqués de contorsions faisant de la Mort un compagnon de route des danseurs.

Sur une table, un corps, extirpé d’une housse mortuaire, est pris de mouvements convulsifs et de basculements brusques, faisant du corps du danseur un élément qui a sa propre vie en proie à une mécanique organique nerveuse. L’homme-machine de La Mettrie peut en être son protagoniste. Un corps-machine échappant à la volonté du danseur, un corps qui parle un langage corporel dépourvu de raison, animé de convulsions.

Les aliénations, dépendances ou libertés s’expriment au travers de mouvements tour à tour légers et lourds, solitaires et solidaires, gracieux et convulsifs des danseurs médecins ou malades, sujets ou objets, maîtres ou prisonniers de leur corps. Puis dans un jeu de boules transparentes les danseurs forment un bouquet humain en ondulant les jambes et les bras autour d’une danseuse. Les relations sont «chaudes», comme les touchers humains, ou froides, comme les regards scrutateurs ou les touchers mécaniques des médecins-danseurs. La vie bascule dans la mort en des mouvements oscillant entre fixité et convulsion, fluidité et contorsion…

Genesis
Chorégraphie: Sidi Larbi Cherkaoui
Assistant chorégraphe: Satoshi Kudo
Scénographie: Kedong Liu
Musique: Sida Guo, Olga Wojciechowska
Costumes: Quing Li
Lumières: Willy Cessa
Interprètes: Kazutomi “Tsuki” Kozuki, Elias Lazaridis, Chao Li, Johnny Lloyd, Fang Yin, Qing Wang, Yabin Wang et un danseur supplémentaire
Musiciens: Barbara « Basia » Drazkowska, Manjunath « Manju » B Chandramouli, Kaspy N’dia, Johnny Lloyd, Kazutomi « Tsuki » Kozuki

Tournée
09 déc. 2014, Concertgebouw Brugge. Bruges
13-14 dec. 2014, Monaco Dance Forum. Monaco
08-09 mai 2015, Festspielhaus Sankt-Pölten. Sankt-Pölten
20-21 mai 2015, Opéra de Dijon. Dijon
04-05 juin 2015, Les Théâtres de la Ville de Luxembourg