DANSE | SPECTACLE

Lenga – La Guerre des natures – tome 1

03 Avr - 03 Avr 2019

Face à l'Anthropocène, qui désigne la raréfaction de la biodiversité du fait de choix humains, le GdRA riposte par le spectacle vivant. Avec Lenga - La Guerre des natures - tome 1, le GdRA passe par le cirque, la danse, la musique et la joie pour soutenir et transmettre des langues rares et précieuses.

Projet profondément pluridisciplinaire, Lenga – La Guerre des natures – tome 1 (2016) brasse danse, théâtre, cirque, musique, anthropologie… Une joyeuse pluralité qui reflète le cœur de la pièce : la diversité linguistique et chorégraphique. Composée par Le GdRA (Christophe Rulhes et Julien Cassier), Lenga donne de la physicalité à un problème de plus en plus muet : la disparition des langues minoritaires. À la base de cette création, il y a notamment le souvenir du grand-père de Christophe Rulhes. Auteur, metteur en scène, musicien, Christophe Rulhes avait huit ans lorsqu’il a enregistré, en 1983, la voix de son grand-père ne parlant que l’occitan. Le titre Lenga vient ainsi de la manière dont celui-ci qualifiait cette langue : lenga nostra [notre langue]. Premier tome d’un cycle nommé La Guerre des natures, Lenga confronte l’Anthropocène. Dans une performance où les danses et la voltige s’entrelacent aux mots, musique et vidéos.

Lenga – La Guerre des natures – tome 1 : entre danses, cirques, théâtres et musiques

En partant du postulat-constat que les zones les plus riches en biodiversité coïncident aussi avec les aires linguistiques les plus diversifiées, Lenga lutte contre l’homogénéisation galopante. Mais en passant par l’art, le cirque et la musique pour garder la diversité en vie. Projet pluriel, Lenga est interprété et co-créé par quatre artistes. À savoir Christophe Rulhes et Julien Cassier (Cie Le GdRA – Groupe de Recherches Artistiques), ainsi que Lizo James et Maheriniaina Pierre Ranaivoson. Chorégraphe, scénographe et acrobate, Julien Cassier a co-fondé le GdRA avec Christophe Rulhes en 2005. Danseur, performer et acrobate, le malgache Maheriniaina Pierre Ranaivoson cultive un vocabulaire chorégraphique allant des traditions musicales, rituelles et dansées des Merinas de Madagascar, à la danse contemporaine. Acrobate, danseur, musicien et chanteur, le sud-africain Lizo James entretient lui aussi la multiplicité des influences. Puisant son énergie dans les danses Gumboots, Pantsula, Stick-fighting, ainsi que les chants et rites Xhosa.

Le GdRA (Christophe Rulhes et Julien Cassier) : garder les langues vivantes

À ces quatre personnalités aussi riches que des bibliothèques vivantes, Lenga adjoint des vidéos. Soient des enregistrements des grands-parents de ces quatre créateurs. Croisements linguistiques, la pièce promet aussi une petite initiation jubilatoire à la langue à clic Xhosa. Et parce que les langues n’existent pleinement que dans un usage quotidien, Lenga reste une pièce joyeuse et physique. Langues incarnées, la danse et l’acrobatie viennent en souligner les contrastes, musicalités et articulations. Et si la pièce se fonde sur des travaux préparatoires relevant de la socio-anthropologie (avec études de terrain), elle n’en reste pas moins un pur spectacle vivant. C’est d’ailleurs là l’un des paris de Christophe Rulhes, également diplômé de l’EHESS (École des Hautes Études en Sciences Sociales) : créer des ponts entre sciences humaines et arts. Sans étouffer l’énergie punko-cirquesque du spectacle de rue.