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Galerie Vu:Isabel Muñoz

05 Nov - 08 Jan 2005

Photos de la tribu guerrière et bergère des Suma d’Ethiopie. Portraits, détails de corps, confrontation au regard pour réaliser un panaroma de cette culture. Mise en avant des corps nus et peints, perçus comme de réelles architectures, des fragments sensuels et graphiques, à travers des grands formats qui dépassent la représentation.

Isabel Muñoz
Galerie Vu

L’événement
Communiqué de presse (par Christian Caujolle)

Les Surma d’Ethiopie sont une tribu de guerriers et de bergers, et l’une des dernières au monde à vivre nue. Après une longue approche, Isabel Muñoz a pu —et su— les photographier en une série de portraits, de détails de corps, d’attention à la pose, de confrontation aux regards qui dresse un impressionnant panorama d’une population singulière, de sa culture, de son savoir faire.
Isabel Muñoz a été fascinée par la pratique des hommes qui, partis surveiller leurs troupeaux sur le plateau, passent leur temps à se décorer mutuellement.
Peintures corporelles effectuées avec les mains, comme des caresses graphiques que le regard de la photographe va à son tour caresser en apprivoisant la lumière. Herbes, doigts, peignes, éléments végétaux tamponnés inventent des paysages de corps sublimes. La photographe, fidèle à son approche, passe avec élégance de l’installation dans le paysages de ces corps qui sont de véritables architectures, à des fragments sensuels et graphiques. Elle les transcrit ensuite dans des tirages au platine de grand format qui rendent palpable le grain de peau inscrit dans le grain de la photographie. Tout n’est que sensualité et dépassement de la représentation, capture de la lumière et inscription des formes. Comme la preuve qu’il est possible, par passion, de renouveler radicalement le genre que l’on pouvait croire disparu de la photographie ethnologique ou ethnographique. Pour dire simplement que, étrangère à l’exotisme, la photographie peut continuer à être à l’œuvre, loin de nos ethnocentrismes, et produire de la forme, de l’émotion et du sens. En nous renvoyant, à sa manière, aux tout débuts de l’histoire de l’humanité.
Ce sont deux lèvres et elles deviennent un territoire. Ce sont deux lèvres charnues, regardées de très près, d’un africain. Ce sont deux lèvres comme nous ne sommes jamais capables de les voir. En fait, ce ne sont pas deux lèvres. Il s’agit simplement, sur le papier, d’une forme inscrite dans les sels d’argent, qui dessine un cœur sensuel craquelé comme un paysage de sécheresse et prometteur de plaisirs à offrir. Ce sont deux lèvres, devenues photographie, qui pourraient être une métaphore de l’image argentique mue par le seul désir.
La photographie ne sait que produire de la forme, des formes, générées par la lumière et qu’elle inscrit sur le plan, qu’elle fixe autant qu’elle les fige dans le carré ou le rectangle choisis par l’opérateur comme cadre et espace de sa vision du monde. La photographie ne peut que ramener le monde, ou le résumer, à un système d’organisation formelle, jeu de masses et de déséquilibres, de contrastes et de vibrations lumineuses, de graphisme et de géométrie qui inventent autant qu’ils retranscrivent les enjeux du réel.
Il est acquis que, au moment où elle s’émancipe des références —picturales entre autres— qui ont fondé son développement, au moment où elle revendique son autonomie et sa singularité afin de fêter bientôt le bicentenaire de son invention, la photographie assume sa nature, ses limites, ses possibles et ses contradictions. Elle sait que, si elle se limitait, comme à ses débuts, à se fixer pour but de reproduire «fidèlement» le réel, elle ouvrirait la voie à sa disparition. Elle sait qu’elle ne peut exister que si, avant elle, quelque chose, dans l’espace en trois dimensions, a existé ou s’est produit. Elle sait également qu’elle dit —elle ne sait dire autre chose de précis— que ce qu’elle figure appartient définitivement au passé et qu’elle induit une étrange relation au temps, entre éternité et disparition, entre figuration et naufrage. Elle sait aussi qu’elle n’est qu’une image, juste une image à défaut d’être une image juste comme l’affirmait Godard. Et, peut-être plus que tout, elle véhicule une forme de folie humaine qui fait que, à un certain moment, en pratiquant la photographie, le désir de dissimuler le monde par les images du monde est devenu une façon, délirante, de pouvoir enfin contrôler tout et de substituer à l’univers chaotique et changeant que nous expérimentons au quotidien une manière de monde immobile, figé, donc maîtrisable. Le rideau d’images qui nous dissimule la réalité en faisant semblant de la montrer est l’évidente transcription du désir de l’homme de contraindre l’univers à sa vision et à ses pulsions. En prenant l’expression au pied de la lettre, la photographie illustre mieux que tout autre mode de représentation la pulsion de l’homme à se substituer à un éventuel Créateur et à être vraiment le deus ex machina. La machine, en l’occurrence, n’est autre que la Camera Obscura. Alors, tout dépend de celui, de celle, qui regarde. Réunir et résumer vingt ans de travaux photographiques d’Isabel Muñoz revient, tout simplement, à affirmer ces vérités de la photographie —sa nature— en les confrontant à la singularité du point de vue qui les anime. A rendre patents les mouvements qui l’animent, à souligner, au delà des icônes, la permanence d’un regard qui n’est pas mû par le formalisme —même s’il s’attache à produire de la forme— mais qui interroge l’univers à l’aune des désirs singuliers, des questionnements intimes et des doutes profonds de qui réalise les images.

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Infos pratiques
> Lieu
2, rue Jules Cousin. Paris 4e
M°Sully Morland
> Horaires
du mercredi au samedi de 14h à 19h sur rendez-vous
> Contact
T.01 53 01 85 81
gilou@abvent.fr
> Entrée libre

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