Fréderik Froument : «Tyo Alone»
Galerie Tsenka
L’événement
Communiqué de presse
«Tokyo ressemble souvent à l’arrière de décors de cinéma dont les différents plateaux, tous imposants et en apparence permanents, ont été construits et utilisés avant d’être abandonnés sur place. Tokyo ressemble à une exposition internationale qu’on aurait oublié de démolir».
Donald Richie
À peine sorti de l’aéroport, elle était déjà là…
Tokyo, 50 km de rayon, plus de vingt millions d’habitants. Elle se déroule comme une litanie sans logique apparente derrière les vitres d’un de ces trains aériens qui la sillonnent de part en part. Les blocs de bétons qui ont poussé aux grés de sa croissance anarchique ne laissent au visiteur qu’un étrange parfum de science fiction, tout cela semblant être sorti de terre sans qu’un quelconque architecte ne soit intervenu.
Tokyo la laide, dont l’absence totale de conception d’ensemble et de concertation urbanistique en fait un des villes les moins esthétiques au monde, aux antipodes du romantisme des centres historiques de l’Ouest. Bien sûr, il y a l’hyper modernité des gares commerciales. Leurs écrans vidéo de plusieurs étages perchés sur les buildings, le défilé des lolitas drapées de l’ultime panoplie à la mode, le kitch époustouflant d’une architecture Disney. Mais la carte postale se dérobe à nos yeux dès que l’on s’aventure le long des voies express, des autoroutes suspendues au-dessus des immeubles. On ne sort jamais de ce monde sans adresse, de cette ville sans plan puisque ces habitants n’en n’ont jamais eut besoin. De cette banlieue organique, addition d’une multitude de villages autonomes. Trop jeune, trop grande, trop propre en apparence. Gros gâteau rose, un peu écœurant, Babylone bruyante et tranquille à la fois. Si l’on accepte de s’y perdre on court le risque de mélanger désir et dégoût dans une drôle de soupe. Tokyo comme un monstre urbain dragueur de regard, mariant le pire et le meilleur de l’Oniropolis, avec pour bande son un long gémissement d’un muezzin qui aurait troqué Allah contre un lot de téléphones portables. Tokyo c’est Métropolis revisité par LégoLand.
Mais malgré tout l’envie demeure, comme ce métro aérien qui tourne autour du coeur en cercle vicieux, on y revient. Pour trouver le repos, les parenthèses urbaines de terrains vagues transformés en parkings vides, les passages qui abritent un instant du monstre, les ruelles désertes étonnement silencieuses, les terrains de base-ball ouverts aux quatre vents.
Tokyo s’affiche étonnante de sécurité, de politesse et d’efficacité. Les jeunes femmes s’y promènent court vêtue à n’importe quelle heure de la nuit, les quartiers pauvres ne sont pas des ghettos, les transports en communs sont régis par une belle civilité, où chacun prend sur soi, même aux pires heures de pointe où les corps se compressent dans une promiscuité terrible. On communique ici plus que nulle part ailleurs. On passe son temps penché sur l’écran du mobile en attente du message qui délivrera de la solitude comme on traverse la ville au pas de course pour retrouver le groupe. Ceux qui n’y parviennent pas s’abandonnent alors aux marges d’une société qui découvre avec douleur une génération d’enfants suicidés et de meurtriers glacés. Cette pression formidable resurgie aussi quand l’individu s’isole, s’extrait du corps commun et se retrouve seul. Au point de ne pouvoir parfois renouer avec la relation binôme qu’a l’aide de clubs de rencontre téléphonique, de pelotage à la sauvette dans le métro bondé, et de drague à distance sur les chats en réseaux. J’ai marché de longues heures dans ses 23 districts, le plus souvent seul, vivant en illettré dans un univers hermétique, où les regards s’évitent, où les amants se touchent peu même quant ils font la queue devant les love hôtels, un monde si peu latin ou la courtoisie se mêle de douce xénophobie qui condamne l’étranger à rester à sa place, à regarder de l’extérieur. Je me suis laissé guider par ce territoire contrasté, qui semble constamment hésité entre un exhibitionnisme mercantile et une pudeur sacrée, le long de cette ligne invisible qui sépare l’espace public de la sphère intime. Traquant les silhouettes solitaires, les passants immobiles, tous ceux qui, d’une manière étrange ne faisaient pas comme le groupe. J’en ai suivi certain, à distance, pour savoir, pour deviner ce qui les séparait des autres. Et les rapprochait de moi.
Frédérik Froument
Fréderik Froument commence la photographie en 1994 après avoir suivit des études d’histoire de l’art. Son travail se situe à la frontière du documentaire et de la fiction. Il emprunte à la tradition du reportage son dispositif et son vocabulaire, mais les fait basculer dans l’univers de la narration intime, et multiplie les références au cinéma et à la littérature. Depuis trois ans, il explore l’imaginaire urbain à travers la série » New-Babylon Stories » .
Infos pratiques
> Lieu
Galerie Tsenka
16 rue du Perche. Paris 3e
M°St-Sébastien Froissart
> Horaires
du mercredi au samedi, de 14h à 19h
> Contact
T. 01 48 87 59 65
T. 06 71 63 11 07
info@tsenka.fr
www.tsenka.fr
> Entrée libre
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