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Galerie Saint-Père: Inughuit de Tiina Itkonen

27 Jan - 05 Mar 2005
Vernissage le 27 Jan 2005

Partie à la quête de la légende de la « Mère de l’Océan » au Groenland, l’artiste finlandaise découvre la ville de Thule et son mode de vie. Un silence parfait, une lumière bleue, un horizon sans fin et une appréhension du temps différente. Une partie du monde capté en douceur par l’appareil photo de Tiina Itkonen.

Tiina Itkonen : «Inughuit»
Galerie st père

L’événement
Communiqué de presse

«L’Arctique fascine explorateurs, aventuriers, marchands et pêcheurs de baleines depuis des temps ancestraux. Depuis le début des années 90, je me suis mise en quête de mon propre «Ultima Thule», mon endroit à moi dans le Grand Nord. La légende de la «Mère de l’Océan» me captivait et, en 1995, j’ai eu envie de partir à la recherche du lieu où l’histoire vit le jour, au Groenland. Ma quête de la «Mère de l’Océan» me mena aux Esquimaux Polaires qui vivent à l’extrême nord du Groenland. Le calme, la gentillesse de ce peuple, le silence des glaciers et la paix émanant du paysage me poussèrent à y revenir en 1998 et en 2002.

Ces souvenirs me ramènent à Thule, au nord-ouest du Groenland. Quand je ferme les yeux, je suis à Thule, et le silence est parfait. Une lumière bleue danse sur la neige ; les icebergs émettent une douce lueur turquoise. Un craquement bruyant brise le silence. Un iceberg se fend et crée de nouveaux petits icebergs. En un instant, sous la lumière changeante, la douce beauté du paysage fait place à une obscurité effrayante. À Thule, il n’y a pas de chemin par lequel je puisse m’échapper. Je suis mes propres sentiers. À Thule, il n’y a pas d’arbres : je vois l’horizon à perte de vue dans toutes les directions. Je suis incapable d’évaluer les distances. Je ne suis pas habituée à voir aussi loin.

Je suis habituée à cette conception du temps où tout arrive «immaqa agaqu», demain peut-être. Et le jour suivant aussi, ils disent «immaqa agu». Les Esquimaux Polaires vivent au rythme du temps et des saisons. Si le temps le permet, les hommes partent à la chasse, pendant que leur famille se rend au village voisin pour rendre visite à des proches —même au milieu de la nuit. Personne ne se presse nulle part. On prend autant de temps qu’il le faut pour faire les choses. On prend aussi le temps pour les autres. Ils se rendent visite les uns les autres, jouent aux cartes, réparent le matériel de chasse, cousent quelques vêtements, travaillent les perles, jouent de l’orgue ou sont, et c’est tout. Nul besoin de parler non plus ; on peut tout simplement rester silencieux. Pendant cette «journée de quatre mois», on n’a vraiment aucun besoin de dormir, puisqu’on a dormi tout son soûl pendant la «nuit de quatre mois».

Lors de mon premier voyage, il m’était difficile de faire connaissance, parce que je ne parlais pas la langue esquimaude. J’ai appris quelques expressions simples à propos du temps dans un dictionnaire anglais-groenlandais. Je savais dire «sila nuanneq», beau temps, ou «issippoq,» il fait froid. Mon vocabulaire groenlandais s’est rapidement enrichi quand j’ai vécu avec la population. Lors de mes second et troisième voyages, j’étais capable de parler d’autre chose que du temps.

Le scalp d’ours polaire que Taateraaq m’a donné ramène mes pensées à Savissivik. Expéditions de chasse avec un traîneau tiré par des chiens, nuit passée sous la tente au pied d’un glacier, petits pingouins attrapés au filet sur les pentes d’une montagne, marches sur la neige dans le soleil matinal, course de traîneaux de chiens à laquelle je participai, matchs de foot dans la neige molle, compétition de ski sans bâtons —toutes des expériences inoubliables.

Parfois, j’ai des nouvelles de Thule. Juulut m’appelle de Qaanaaq et me dit quand la première neige tombe et si on peut conduire un traîneau de chiens sur la glace. Il m’arrive aussi d’apprendre quand Aqatannguaq, du village voisin, fête son anniversaire ou quand Taateraaq, la personne la plus âgée de Savissivik, a rendu visite à Qaanaaq. Des emails provenant des villages m’apprennent que la vie continue de suivre son cours.
Lors de mon premier voyage au Groenland, on m’a dit qu’il était évident que je reviendrais. D’après un conte groenlandais un être humain peut se transformer en qivigtoq, courir en rond sur la lande, vivre là, et y mourir. Mon désir de retourner au Groenland dépasse la raison. Lors de mon troisième voyage là-bas j’ai tenté de me débarrasser de cette «folie» et de la laisser errer dans les paysages nordiques, comme un qivigtoq. Je n’y suis pas arrivée».

Tiina Itkonen

Tiina Itkonen
La photographe finlandaise Tiina Itkonen (née en 1968) a étudié la photographie à l’école de Communication Artistique de Turku et à l’université d’Art et de Design d’Helsinki. Elle expose en Finlande et à l’étranger depuis 1996. Ses oeuvres se trouvent dans les collections suivantes : le Moderna Museet de Stockholm, le City Art Museum d’Helsinki, le Musée finlandais de la Photographie et la State Art Collection finlandaise. Tiina Itkonen reçut le prix du « Meilleur Jeune Photographe finlandais de l’année» en 2003 et fut finaliste au Fotofinlandia en 1996 et 2004. Elle a passé quatre mois avec les Esquimaux Polaires au nord du Groenland en 1995, 1998, et 2002, deux fois en compagnie de Eva Jansson.

Parution
Tiina Itkonen, Inughuit , ISBN 952-91-6967-1

Infos pratiques
> Lieu
Galerie st père
19 rue des Saints Pères. Paris 6e
M° St-Germain des Prés
> Horaires
du mardi au samedi de 11h00 à 13h00 et de 14h00 à 19h00
> Contact
T. 01 55 04 89 10
info@stpere.com
www.stpere.com
> Entrée libre

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