Eric Pasquiou : «Images du petit monde»
Galerie Luc Queyrel
L’événement
Communiqué de presse (par Pierre Manuel)
D’une image photographique nous attendons au minimum qu’elle soit un indice de la réalité. Eric Pasquiou ne déçoit pas cette attente ; il aurait même tendance —non sans humour— à nous y encourager : rues ou toits de Marseille, intérieurs, objets, personnages… C’est là le registre du réalisme. Impossible pourtant d’y prendre pied : d’autres images —lettres géantes, figures de B.D., sur-impressions diverses, textes— perturbent ce premier regard et ses évidences. Par les moyens d’homogénéisation de l’image qu’autorise le numérique, il serait facile de croire rentrer dans des jeux virtuels. Ici aussi l’attrait du « fantastique » est déjoué : les raccords dans l’image sont trop visibles, les éléments utilisés conservent leur aspect disparate. Il s’agit plutôt d’une technique du collage ( E. Pasquiou ne cache pas son admiration pour Schwitters). Mais où la part du texte et donc de la lisibilité suspend la fascination qu’induirait l’image. Textes déroutants de banalité ou à l’inverse, s’exerçant aux pseudo-questions métaphysiques des sujets de dissertation. Mais dont la place dans le dispositif visuel en détourne le sens ou l’usage : en haut des toits, en légendes incohérentes, en fragments de phrases…Les divers systèmes de signes par lesquels il serait possible d’appréhender la réalité se détruisent mutuellement. Faudrait-il alors espérer que l’artiste, son nom, sa signature fournissent l’élément de stabilité et de cohérence dont les images sont privées ?
Ici aussi les effets de leurre ne résistent pas : le nom de l’artiste devenu image publicitaire géante sur les toits perd toute valeur de référent. Ou encore, le profil « mal » cadré sur le bord de l’image, son image « répétée » dans la même scène, sans dissimuler qu’il ne s’agit que de variations info-graphiques : toute tentative de repérer l’autorité de l’auteur fait ainsi défaut. Cela peut aller jusqu’à un jeu à quatre mains (avec Fabrice Lanza) où les éléments graphiques et leur traitement numérique confondent images et auteurs. Du coté du « sujet », la réalité n’est pas plus simple à identifier. La « production » n’est pourtant pas non plus anonyme ou machinique Ici, il y a bien un artiste ( voire deux ou plus ) qui laissent leur nom mais sans qu’il soit possible de savoir « où » ils sont. « On ne peut me nommer » dit E. Pasquiou. Comme les effets de réalité se perdent dans le labyrinthe des simulacres, la présence à soi de l’artiste se dissout dans la démultiplication et la fragmentation de son image: « mixte approximatif des bribes de lui-même » comme l’écrivait F. Bazzoli.
Reste à croire qu’E. Pasquiou ne nous entraîne pas sur la voie du réel mais sur celle de micro-récits : une scénarisation minimale de l’imaginaire, sur soi, ses proches, son quotidien, son passé. Pas vraiment des récits ou des possibilités de récits à partir d’images déjà fortement investies comme le seraient des photographies de stars ou de personnages du roman-photo et de leurs aventures hautement dramatisées. À l’inverse, s’impose ici comme une impossibilité du récit, réduit à ses éléments absurdes ou dérisoires. Figures sans destin que ces figures que l’image recueille et dont elle multiplie par ailleurs l’emprise illusoire. Figures sans même des « lieux », puisque proche et lointain, étagement des plans, co-présence des choses ne cessent de répéter les procédés techniques dont ils résultent. Figures tout de même, familières et inquiétantes, impénétrables de n’être pas plus que leur trace. En attente sans doute du regard d’un spectateur qui, le temps d’une interrogation et d’un trouble, leur redonne sens ou « vie ».
Collaboration
Exposition en collaboration avec la galerie AL /MA de Montpellier.
Eric Pasquiou
Eric Pasquiou, né en 1970, vit et travaille à Marseille
1994, DNSEP, Ecole d’Art de Marseille-Luminy
1999-2000 post diplôme –Ateliers multisites de l’ESBAM (Ecole supérieure des Beaux-Arts de Marseille)
Infos pratiques
> Lieu
Galerie Luc Queyrel
34 rue Mazarine. Paris 6e
M° Odéon
> Horaires
du mardi au samedi de 14h à 19h
> Contact
T. 01 40 46 90 36
luc.queyrel.didit@wanadoo.fr
> Entrée libre
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