DANSE | SPECTACLES

Fúria

10 Mar - 11 Mar 2020
Vernissage le 10 Mar 2020

Les paumes ouvertes qui quémandent se rassemblent en des poings levés qui revendiquent dans le spectacle Fúria de Lia Rodrigues. Une danse enragée et furieuse qui condamne la violence du Brésil et du monde, mais dont émerge l’espoir de l’écologie et du vivre-ensemble.

Après avoir passé deux ans en France au sein de la compagnie Maguy Marin, la chorégraphe Lia Rodrigues est retournée au Brésil, son pays natal, pour fonder la Lia Rodrigues Companha de Danças. Elle a également créé le festival de danse contemporaine Panorama da Dança en 1992, puis elle a développé des activités artistiques dans la favela de Maré, au nord de Rio. Après ses succès Ce dont nous sommes faits (2000) ou Pindorama (2013), Lia Rodrigues revient avec son spectacle Fúria pour évoquer la situation actuelle du Brésil.

Fúria : le bruit et la fureur du monde

Sur scène, la rage bouillonne en chacun des neufs danseurs. La fureur tord leur corps dans tous les sens et les fait entrer dans une transe folle. La chorégraphie de Lia Rodrigues déploie une imagerie forte pour dépeindre la source de tant de colère : la violence de la société brésilienne, mais aussi du monde entier. Les tableaux en mouvement créés par les danseurs représentent la corruption, le colonialisme, la violence d’État, et dénoncent précarité, racisme et misogynie.

Dans la lignée du Manifeste Anthropophage du grand écrivain brésilien Oswald de Andrade, le spectacle se nourrit d’influences diverses dont émerge une œuvre singulière, en dévorant et digérant les grands chefs-d’œuvre de la peinture européenne, les actualités mondiales, ainsi que les anciens spectacles conçus par Lia Rodrigues.

Cette folle transe finit par devenir expiatrice et cathartique. Le spectacle en lui-même se fait porteur d’un espoir, prenant la forme d’un monde possible où des individus de condition sociale, de couleur de peau et de sexe différents se côtoient, s’expriment et construisent ensemble. Une utopie chorégraphique qui prône un Brésil pour toutes et tous.

Fúria : une pièce rapiécée en temps de crise écologique et politique

Les interprètes du spectacle Fúria revêtent de curieux costumes, colorés, rapiécés et composés d’habits et d’étoffes mis les uns sur les autres de manière chaotique. Pris dans son ensemble, le groupe de danseurs donne l’impression d’un patchwork de tissus récupérés. Et c’est bien le cas : Lia Rodrigues a fait le choix de recycler les costumes de ses précédents spectacles, dans une démarche plus écologique. Il s’agit également d’un propos sur la création artistique au Brésil. « Pour cette création, je travaille uniquement avec l’argent de l’Europe, il n’y a pas un sou du Brésil », explique-t-elle, « Il n’y a plus d’argent pour la culture. Du coup, repenser l’écologie d’un projet artistique est presque une question de survie ».

Cette écologie de la survie s’inspire aussi des ressources d’imagination déployées par ceux qui n’ont rien, notamment dans les favelas brésiliennes. Une partie des danseurs du spectacle font d’ailleurs partie de l’école de danse que Lia Rodrigues a ouverte dans la favela de Maré à Rio. « La vie de l’école, de la compagnie, les projets de création et les projets pédagogiques sont intimement liés », explique-t-elle. La pièce devient ainsi un acte de résistance triple, par son processus créatif, son message ainsi que son impact dans la vie de certains habitants de la favela.